Châteaux de la Loire

Profitant de ce glorieux week-end de 3 jours durant lequel on célèbre à la fois la fin d’une guerre et le triste anniversaire d’attentats, nous profitons de la grisaille ambiante pour partir en direction du sud et plus précisément du val de Loire. Il paraît qu’il y a des châteaux et du vin.

Vendredi – Sangliers et carte noire

Départ d’Antony trop tôt pour un premier jour de week-end  prolongé mais pas tant que tant ça compte tenu de la densité de pécores sur la route. Le trajet se déroule sans encombre jusqu’à Chambord et son célébrissime château qui sera le premier de notre périple. Et quand je dis sans encombre c’est vrai car une fois dans le parc du château, on remarque assez vite le grand nombre de panneaux indiquant la présence de nombreux gibiers dans le secteur. Gibier du type cervidés et sangliers. A peine 500 mètres de fait dans le parc que j’aperçois une harde de sangliers à quelques mètres du bord. Si d’aventure il y avait eu contact, Twingo vs sanglier ça donnait le sanglier vainqueur au premier round par K.O.
Bref, Chambord, c’est grand, très grand. C’est aussi vide que c’est grand. Bizarrement la première chose qui m’est venue à l’esprit en rentrant dans le château a été « quel enfer ça doit être à chauffer ». Je sais… sinon le château est impressionnant, surtout son escalier en fait, conçu par Léonard de De Vinci si je ne dis pas de bêtise. C’est vraiment l’attraction du lieu en plus de l’architecture extérieure car en soit les pièces ont relativement peu de charme. C’est peu de dire que je ne suis pas fan du style Renaissance et encore moins du style Empire de certaines des pièces. Ceci étant, ça fait parti du patrimoine national donc ne serait-ce que pour cultiver mon inculture c’est bon de l’avoir vu au moins une fois.
L’autre partie intéressante du château – à mon goût s’entend – est son toit. Il y a un travail architectural colossal eu égard au moyen de l’époque. Le dôme par lequel on arrive sur le toit est assez bluffant, de même que certains escaliers latéraux qui donnent accès aux ailes.

Après une bonne heure et demie de visite, nous pique-niquerons sous le ciel gris au milieu d’un horde mômes possédés ne sachant visiblement pas s’exprimer autrement qu’en hurlant.
Ensuite direction Blois, son château atypique et ses cartes bancaires de nantis.

Quand on est parisien et qu’on entend les « provinciaux » se plaindre de la difficulté qu’on a à se garer, on rigole doucement. Alors imaginez que nous qui avons survécu à l’enfer d’Honolulu, on se roule carrément par terre en tapant du poing. Soit disant, se garer à Blois est difficile. Aurélie a trouvé une place du premier coup sur un parking en bord de Loire. De qui se moque-t-on?
Bref, direction le château de Blois qui vient juste de rouvrir, non pas après une rénovation mais parce qu’il est 14h et qu’il ferme entre 12h et 14h. Ca existe encore en 2016 des bâtiments qui ferment à ces heures là? Sérieusement? Nous pénétrons dans le château, il y a une petite file d’attente pour acheter les billets. En bons parisiens excités du bulbe et incapable de patienter plus de 30 secondes dans une file d’attente, nous nous dirigeons vers la machine qui donne les tickets. Par acquis de conscience je reste dans la file si d’aventure la machine ne fonctionne pas. Aurélie se lance, semble galérer un peu à prendre les billets et me fait signe de venir. Là elle me dit qu’elle a eu les billets et n’a pas eu besoin de sortir sa carte. On se regarde interloqué, elle regarde dans la machine et découvre une superbe Mastercard Black. Le haut de gamme du haut de gamme des Mastercard aux conditions d’obtention tellement folles qu’il faut aller dans une banque émettrice afin de savoir combien de millions il faut avoir sur son compte pour en avoir une. Grands seigneurs, nous donnons la carte aux gens du château en leur disant que nous l’avons trouvé dans la machine. Sinon merci monsieur de nous avoir offert nos tickets d’entrées.
A part ça le château en lui même est une curiosité. Déjà parce qu’il ne ressemble pas à un château traditionnel (pas de tours ou de fortifications) et aussi parce que cest 3 ailes sont dans des styles architecturaux radicalement différents: gothique, classique et renaissance. Ca donne un mélange des genres pour le moins incongru avec des racords en façade pour le moins exotique. Niveau intérieur, le moins que l’on puisse dire c’est que c’est rustique. L’aspect moyenageux est bien entretenu et j’avoue une préférence pour les gargouilles aux zigouingouins renaissance. Une pièce que j’ai particulièrement apréciée – dans son concept du moins parce que la déco est sujette à caution: c’est celle avec de petits alcoves cachées dans mes murs par des panneaux de bois. L’idée me plaît bien, ça permet de changer la déco à moindre frais. Par exemple si on ne veut plus voir la photo de tata Janine, on ferme le panneau et on ouvre celui d’à côté avec les photos de vacances. Je ferai peut-être ça dans mon château, si j’en ai un.
Au delà de l’architecture, ma guide perso m’a entretenu de tous les dramas ayant eu lieu dans les lieux: de l’assassinat d’extrémiste au religieux au Roi qui se fait trucider. On savait s’amuser à l’époque.

Une fois sorti du château, étant toujours SDF, nous décidons de prendre la direction de la chambre d’hôte qui nous abritera durant le week-end. Aurélie téléphone et la proprio visiblement à la cool nous dit qu’elle ne sera dispo qu’à 17h30. Ca veut donc dire qu’il va encore falloir s’occuper un peu en attendant. Et s’occuper à Blois un 11 novembre… hein… autant chercher un club de striptease au Vatican. Nous déambulerons donc dans cette ville fantôme sous un triste soleil qui ne demande qu’à aller se coucher. Comme l’ennui fini par prendre le dessus, direction le village de la chambre d’hôte, là aussi grosse activité, et nous attendrons gentiment dans le jardin de la maison. 17h35, quelqu’un arrive et nous ouvre, comme nous sommes les premiers nous aurons le choix de la chambre. Nous opterons pour celle du rez-de-chaussée et son accès privatif via une porte fenêtre qui permet de s’affranchir du contact avec les autres occupants qui squatteront la salle à manger. Misanthrope vous dites? Je ne vois pas de quoi vous parlez. La chambre en elle même est mignonne, elle a sa salle de bain et ses toilettes, la déco est une affaire de goût.
Le soir retour à Blois pour dîner. Aurélie avait eu la lucidité de faire un peu de repérage. Hélas, un seul des restaurants de sa liste sera ouvert. Heureusement  nous ferons un excellent repas dans une bonne ambiance. Retour à la chambre sous la pluie où nous constaterons que d’autres gens ont investi les lieux.

Samedi – les 3 P: pluie, pinard et pécores

Comme l’heure du petit déjeuner nous a été plus ou moins imposée (plutôt plus que moins) car la proprio a des poussées de flemmingites aiguës, nous ne mangerons que vers 9h. Pratique quand tu comptais être au premier château à 10h et que tu as 60km à faire. Le petit déj est copieux, Aurélie osera le mélange céréales/chèvre. No comment.
Nous décollons, enfin après que la patronne nous ait fait la conversation, en direction d’Amboise. Le ciel est couvert mais la route se fera dans de bonnes conditions. Arrivé sur place, nous constaterons vite que se garer va être ici un peu plus compliqué qu’à Blois car: 1. il est déjà tard (11h) 2. nous sommes samedi donc il y a du monde 3. c’est un week-end de 3 jours donc beaucoup de monde. Je piffe un parking et hop je gare titine du premier coup. Les joies d’avoir une petite voiture.
La ville est mignonne. Elle a gardé un esprit un peu médiévale grâce à son emplacement en bord de Loire avec son château la surplombant et aussi grâce aux nombreuses maisons anciennes qui constituent le centre ville. Comme je le disais, il faut grimper pour aller au château. Rien de bien méchant mais ça grimpe quand même. Ici pas d’arnaque sur les tickets comme hier mais une réduction grâce à la patronne de la chambre d’hôte. C’est toujours ça de pris.
Nous commencerons par la visite par la chapelle qui a abrité les restes de Léonard de Vinci (aucun lien avec les parkings). Restes qui ont été transféré au Clos Lucé, ancienne résidence du génie qui se trouve à quelques centaines de mètres du château. histoire d’éviter la foule de la visite guidée, nous opterons ensuite par un tour dans les jardins. La déambulation sera écourtée pour cause de froid et de ciel menaçant. Nous aurons néanmoins pu profiter de la vue sur le val de Loire. C’est peut-être d’ailleurs le principal atout du château: son emplacement. Niveau look, il est aussi assez sympathique. Le gothique n’est pas trop chargé (euphémisme) et il n’a pas trop souffert des affres des époques suivantes en terme d’aménagement – si on fait abstraction de la collégiale et des certaines ailes qui n’existent plus. Intérieurement c’est comme Blois: moyenâgeux et rustique et c’est cool. Sauf le second étage qui a été refait dans le style empire où là c’est l’angoisse. Sur le plan historique, il y a aussi eu moult dramas dans les lieux: des rois qui meurent, des intrigues politico-politiciennes et j’en passe.

Nous nous mettons ensuite en quête d’un resto et faisons dans le rapide car il s’est mis à pleuvoir. Une fois le déjeuner expédié, direction ChenonceauX pour voir visiter le château de Chenonceau (sans X). Il y a peu de route à faire mais elle se fera  sous la pluie, pluie qui ne cessera d’ailleurs plus de la journée. Juste devant le château se trouve un passage à niveau, là nous y croiserons un des grands génies de notre week-end qui une fois le passage franchie, s’arrête au milieu de la route pour consulter son téléphone alors je suis arrêté sur les rails. Parfois je regrette l’absence de mitrailleuses sur ma voiture. Passons.
Malgré le temps exécrable, le parking est bondé. Le pourquoi de la chose est très simple: contrairement aux autres châteaux du coin qui sont visibles sans pour autant payer pour y entrer, pour voir celui de Chenonceau il faut passer à la caisse car ce dernier est au fond de son jardin, à cheval sur le Cher. La seule arnaque envisageable pour le voir sans payer l’entrée est la voix des airs. Tout ça pour dire qu’il y a du monde. Bien évidemment dans les jardins ça ne se bouscule pas en revanche à l’intérieur c’est un merdier sans nom. D’un autre côté il faut dire que le sens de la visite n’est pas des plus évidents donc on suit la foule. Comme les salles sont relativement petites et les portes encore plus, il suffit qu’il y ait un groupe dans une pièce plus 3 demeurés qui se prennent en photo et on est bloqué. Pour ce qui est du lieu en lui-même, si l’on fait abstraction du fait que le château enjambe une rivière, l’intérieur n’est pas fou fou. Le mélange des époques est assez visible mais il n’y a pas d’effet « wahou » sur le plan architectural. La visite propose néanmoins de passer par les cuisines et de descendre presque au niveau de la rivière de l’intérieur pour voir comment se faisait l’approvisionnement du lieu.
Sur le plan historique, là par contre il y aurait beaucoup de choses à dire si ma mémoire de poisson rouge ne me jouait pas des tours. Ce dont je suis sur c’est que Catherine de Midi-Six l’a piqué à une des maîtresses de son mari (Henri II) après la mort de celui-ci dans des conditions abracadabrantesques.
C’était sans doute le château que j’avais le plus envie de voir et pour le coup, je suis resté un peu sur ma faim. La météo et le monde n’aidant sans doute pas. Au final je lui préfère le bien plus rustique château d’Amboise.

Aurélie, toujours bien plus lucide que moi, a fait un peu de repérage et a détecté la présence de caves dans le secteur. L’idée est donc de trouver une cave et de tâter du pinard local. Aussitôt dit, aussitôt fait, à 2 km du château il y a ce qu’il faut et nous voilà en train de goûter du rosé et du rouge. Le rosé fera l’unanimité et nous repartirons avec 3 bouteilles.

Après ça retour à la chambre sous la pluie. Nous ne ressortirons que le soir venu pour aller dîner. Nous retenterons notre chance du côté de Blois où il se passera des choses pour le moins étonnante. En effet, un samedi soir les restos du coin se paient le luxe de ne faire qu’un service, donc si on n’a pas réservé, on ne mange pas car ces messieurs ferment à 20h30, 21h maximum. On croit rêver. Les mecs doivent se faire tellement de blé pendant les grandes vacances que le reste de l’année ils peuvent faire du mi-temps. Qu’on me pince. Au final nous nous retrouverons dans un resto à la bouffe aussi quelconque que sa façade est moche et le service lamentable. Pécores.

Dimanche – Orléans prend la porte

Par ce beau dimanche matin gris et pluvieux, notre hôte se pointera à la bourre pour le petit déjeuner. Pas qu’on soit presser aujourd’hui mais bon… en fait je me demande pourquoi j’étais si pressé de prendre le petit-déjeuner puisque ce dernier va s’éterniser pendant pas loin de 2h. Hier elle avait hâte de fermer sa maison parce que trop de boulot, trop fatiguée tout ça, aujourd’hui elle nous tient la jambe en racontant ses malheurs. Madame si t’es au bout de ta vie à ce point et que faire de la chambre d’hôtes c’est tellement de contraintes à cause de ces ingrats de clients: arrête!
Il est près de 11h30 quand nous parvenons enfin à nous évader en direction d’Orléans. Nous irons par les petites routes histoire de voir un peu du pays. Enfin voir… vu la météo ce n’est pas gagné. C’est encore moins gagné puisque je vais me tromper de route et nous faire faire un petit détour. Rien de bien grave, juste 30 km.

Nous arriverons à Orléans, enfin plutôt dans le fantôme de la ville d’Orléans vers 13h. Je dis fantôme car il n’y a personne dans les rues, les magasins sont fermés, très peu de voitures… bref l’angoisse.
Pas découragé pour autant, nous tentons une approche autour de la cathédrale pour nous garer. Pif gagnant encore une fois. Nous entrerons donc dans l’immense cathédrale dans laquelle la température est quelque part autour des -25° quand il en fait 7°. Du fait de la température ambiante, notre petit tour prendra assez vite fin. Nous prendrons néanmoins le temps d’apprécier les lieux. En sortant, nous tenterons de trouver un quelconque signe de vie, voir – soyons fou – un resto pour déjeuner mais non. Nada. Nous nous regardons d’un air interrogatif et après 3 à 4 secondes de réflexion, nous décidons d’un commun accord de renter. Le plus dur sera de trouver l’autoroute après avoir traverser la moitié de la ville. Le monde présent sur le trajet du retour nous confirmera que notre idée de rentrer plus tôt est la bonne car une petite heure plus tard, c’eut été plus que bouché.

Ce très chouette week-end prendra donc fin sur le coup de 14h30, autour d’un canapé avec un chocolat chaud et un chat sur les genoux.