Normandie – Jour 1

Comme en novembre dernier, nous profitons d’un weekend de 3 jours pour fuir la région parisienne.
Comme en novembre dernier, nous pensions avoir beau temps.
Et comme en novembre dernier, il sera question de vieilles pierres et d’angoisse gastronomique.
Direction la Normandie.

Pour une fois, nous partons tôt mais pas trop. Aurélie fera le chauffeur sur la première moitié du trajet. Elle chauffera d’ailleurs très bien – la petite pointe à 145km/h après Gargenville pas vu pas pris. Bref. Après le changement de chauffeur, les choses se gâtent niveau trafic, ça ralentit sans raison et quelques ramollis de la calebasse roulent n’importe comment. Un peu avant Caen, décision est prise de quitter l’autoroute histoire d’éviter la foule et un n-ième péage. Sage décision que celle-là car nous gagnerons (selon Google) une grosse demi-heure jusqu’à Bayeux, notre premier arrêt du jour.

Faire pâtisserie

Bayeux donc, ville célèbre pour un bout de tissu vieux de 1000 et quelques années et qui n’a pour elle que le dit bout de tissu et une cathédrale. En dehors de ça, ça se donne des airs bourgeois mais ça pue le piège à touristes.
La tapisserie de Bayeux, c’est 68,36 mètres de broderie plus que de tapisserie et ça racontre comment le futur Guillaume le conquérant a mis la pillée aux anglais, chez eux, parce que l’un d’entre eux a voulu faire le malin en ne tenant pas une promesse. Un petit gars bien ce Guillaume, quand on latte les anglais on est forcément un gars bien, surtout si c’est chez eux. Pour plus de rigueur historique, faites quelques recherches sur la bataille d’Hastings puisque c’est de cela qu’il s’agit.
La tapisserie en elle même est donc longue, très longue. Elle est exposée d’un seul tenant dans une pièce ombragée afin de la protéger de la lumière qui pourrait la dégradée. Les représentations sont des personnages sont plutôt naïves malgré la violence de certaines scènes – vas-y que je te coupe un bras ou que je pille des cadavres. Il faut dire qu’à l’époque, les perspectives et proportions sont encore aléatoires dans les représentations artistiques et que le support tissu n’aide pas non plus. Ca reste néanmoins assez fou qu’un truc aussi fragile ait pu survivre aux outrages du temps et à la bêtise humaine. Un peu comme le livre de Kells en Irlande.
La visite se fait obligatoirement avec un audio guide qui décrypte ce que raconte la tapisserie. Ca irait si le commentaire n’était pas accompagné d’une musique pseudo médiévale crispante et que le type lisant le commentaire ne s’était pas pris un cocktail skenan/cocaïne tellement ça part parfois en vrille. M’enfin.
Une fois sortie de là, il pleut bien entendu. Mais nous décidons quand même d’aller voir la cathédrale. Et ce fut une bonne idée. Architecturalement, je ne saurais trop dire quel est son style, toujours est-il que c’est différents des grandes cathédrales type Paris/Reims/Orléans. Moins lourd, moins chargé et bien plus classe. L’intérieur aussi est plus sobre. Mais ce qui m’a surtout surpris c’est qu’autant de l’extérieur, elle paraît immense, autant à l’intérieur elle fait plus mesurer. Tout l’inverse de celle d’Orléans qui bien qu’elle en jette de loin, est simplement gigantesque dedans. L’autre chose bien dans celle de Bayeux est que la crytpe est ouverte. Rien de bien fou mais c’est toujours sympa à visiter. Bien entendu, Jean-Yves Bertier se fera remarquer en prenant ses photos au flash comme un gros triso alors qu’il est écrit partout de ne pas le faire.

C’est Hoc hey!

Après Bayeux, direction Omaha Beach et son cimetière américain. Où comment aller aux USA sans quitter la France, sans passeport et sans formaulaire ESTA. Trump est au courant? Je dis ça parce que là y’a pas de mur et un paquet des clandestins.
Donc oui c’est l’Amérique et on le sent bien puisque sur les panneaux, le français est écrit en second, l’anglais prime. Il est aussi mis en avant de façon ostentatoire que c’est le service américain des trucs de guerre qui gère la zone. ‘Merica first.
Donc ce fameux cimetière à quelques centaines de mètre de la funeste plage où en juin 1944 a eu lieu un des plus grands concours de ball trap de l’Histoire. Au delà de l’aspect tragique de la chose, l’endroit est joli. Y’a pas à dire, les américains savent rendre les cimetières sexy. 9000 tombes alignées au cordeau mélangeant les religions, les gradées, les hommes et les femmes.
Hubert Chombier se fera remarquer en traduisant les inscriptions sur les tombes au mieux n’importe comment, au pire comme un abruti. En pensant étaler sa science, il ne fera que montrer l’étendue de son inculture – mais fort hein! Ce serait dommage que les gens sur le parking en ait manqué une partie.
Après avoir traverser le cimetière, nous descendons sur la plage histoire de voir d’en bas ce que ça pouvait donner en débarquant là. M’est avis que les premiers à sortir des barges faisaient de jolies cibles et que sortir de l’eau en vie était déjà un miracle en soit. Alors traverser la plage en courant avec les fringues trempées et tout le barda sur le dos avec Gunther qui arrose à la mitrailleuse depuis son bunker… autant faire un foot sur le périph’ en heure de pointe. Mais ça, j’ai envie de dire que comparer à la pointe du Hoc, c’est presque facile.
La pointe du Hoc fut notre destination suivante. Encore une fois l’endroit est très chouette, la vue imprenable sur la mer. Mais sur le bord, c’est un gigantesque champ de patate avec des cratères d’un fort beau gabarit et des bunkers dans des états de conservations divers et variés. Certaines n’ont plus que les fondations, d’autres les murs et certains ont eu droit à de l’entretien et on peut y entrer – notamment dans celui qui se trouve au bout de la pointe. Comme je le disais plus haut, ceux qui ont débarqué là, dans le genre « pas de bol » ils avaient tout gagné. La plage fait au grand max à marée basse 10 mètres de large mais surtout, ils ont eu 30 mètres de falaise à grimper pour se retrouver nez à nez avec Gunther et sa mitrailleuse. Si jamais Gunther n’avait pas déjà eu leur peau en les canardant depuis le haut de la falaise. Là on se rend bien compte du merdier que ça a du être. Tout est plus concret.
Nous voulions aussi faire Utah Beach mais trop loin. Du coup nous tenterons notre chance vers Juno, Sword et Gold beach mais ces dernières sont visiblement moins sexy car hormis le fait qu’on sache qu’elles sont là, elles n’ont pas eu droit aux mêmes égards ni à la même popularité qu’Omaha Beach. De là à dire que les américains ont encore tire la couverture à eux… non ils n’oseraient pas.

Caen de concentration

Après nos vaines tentatives sur les 3 dernières plages, nous décidons d’aller voir du côté de Ouistreham si nous ne trouverions pas un endroit pour dîner. Voir une bled aussi mort un samedi soir de weekend de Pâques ça me sidère. Nous faisons donc le choix lucide de nous diriger vers Caen.
Bon… Caen… comment dire? C’est pas aussi anxiogène que Maubeuge mais dans le genre « ville qui donne envie de se tirer et vite » ça se pose là. Mon dieu que c’est laid! Quant aux restos, vous vous souvenez du coup à Blois où il faut réserver sinon c’est mort pour dîner? Ben là c’est quasiment pareil. Aurélie a repéré une crêperie avant de partir. Nous rentrons et le mec nous dit qu’il ne lui reste qu’une table de 2 pour ce soir. Bon tant mieux elle sera pour nous mais quand je vois le gars refuser du monde à 20h30 alors que des tables sont vides… Je sens que demain on va rire pour le dîner.
Enfin pour finir, direction la cambrousse pour dormir ce soir. Aurélie nous a réservé une chambre d’hôte au milieu de nulle part. C’est tellement au milieu de nulle part que nous sommes passés devant sans nous arrêter en y allant. Il a fallu le coup d’oeil aiguiser de la demoiselle pour voir le minuscule panneau en bord de roue dans la pénombre pour avoir l’idée de faire demi-tour.

La suite demain.