Cracovie – Jour 1

Comme souvent, ça commence le matin très tôt et ça se termine quelque part à l’autre bout du monde… ou de l’Europe. Cette fois-ci se sera la Pologne (ou Polonie), Cracovie plus précisément.

Rien à signaler jusqu’à Roissy, trajet calme et sans encombre. C’est une fois à l’aéroport que ça se gâte. Easyjet, cette compagnie des enfers, réussi le tour de force d’être en retard sur son premier vol de la journée. Le commandant de bord ayant la classe de dire que c’est son copilote qui a fait de la merde. Grosse ambiance dans le cockpit. Donc 20 minutes dans les dents + des sièges d’un inconfort assez remarquable: n’en jetez plus. Heureusement ça n’a duré qu’une heure cinquante. Mais c’était sans compter sur l’atterrissage le plus brutal que j’ai connu. Le « touché » en lui-même ça allait mais alors le freinage juste  après fut d’une violence inouïe, le pilote aurait pu drifter avec son airbus pour sortir de la piste où il fallait: il l’aurait fait.

Boire ou conduire, il faut choisir, visiblement les polonais ont choisi: ce sera les 2.

Vient ensuite l’épisode de la récupération de la voiture de location. Normalement, quelqu’un devait nous attendre dans le hall d’arrivée. 3 coups de téléphone plus tard, rendez-vous est pris directement dans le parking de l’aéroport. Là nous retrouvons notre gars, afféré à terminer de vérifier que la voiture est prête. S’en suivent les consignes d’usage… quoiqu’en fait non: le type insiste sur tout comme si il nous filait les clés de sa Lamborghini. Tout ça pour une C1 rachitique au bout de sa vie à 110 qui a la clim’ mais pas de fermeture centralisée, ni de vitres électriques et qui fait une bruit très suspect à bas régime (je soupçonne le pot d’avoir un problème). Bref ça roule et si ça ne nous lâche pas d’ici demain: tout ira pour le mieux. Je sens aussi que le retour de la voiture à la gare centrale va être funky mais passons.

Nous prenons l’autoroute direction Katowice. Là nous découvrons les joies des péages polonais avec les changements de file intempestifs parce que ça va plus vite à côté. Ca, ça va. Par contre me faire déposer par des mecs qui roulent à 160/170 avec un pot de yaourt qui crache ses poumons à 120 en descente. Les ukrainiens (la frontière est à 260km) roulent comme des dingues. Angoisse. Je vous épargne les mecs qui se rabattent sur votre capot (quasi littéralement) avec leurs Audi. Au moins ils mettent le clignotant. Ha et visiblement ici, même en pleine journée il faut mettre les phares. Soit.
Nous sortons donc de la superbe autoroute pleine de fous pour une douzaine de kilomètres de départementales, elles aussi avec un superbe revêtement, pour enfin arriver à Oświęcim, ville que le monde connaît mieux sous son nom allemand: Auschwitz.

Salut! Ca gaz?

Comme il n’y a pas de petit profit, le parking est payant. Quand je dis parking, c’est plutôt le squat de celui d’un hôtel en face de l’entrée du camp. Passons.
Franchement, lorsqu’on arrive devant l’entrée, qu’on voit le monde, la file d’attente de plus de 200 mètres de long et les gens qui viennent ici comme ils iraient à la tour Eiffel, on se dit que l’endroit à un aspect « tourisme de la mort » assez détestable. Mais ce n’est qu’une apparence car quand on rentre dans le vive du sujet, d’un coup ça déconne beaucoup moins.
Nous avons opter pour une visite guidée en français, la guide maîtrise son sujet, choisit de montrer certaines choses plutôt que d’autres et insiste sur des points qui lui semblent chers. C’est un parti pris que je trouve intéressant.
La visite débute avec le passage sous le « célèbre » portail portant l’inscription Arbeit macht frei (le travail rend libre) qui marque l’entrée du camp. On déambule ensuite entre les baraquements en brique. Le camp est une ancienne caserne de l’armée polonaise que les nazis ont pris soin d’agrandir à l’identique. Certains bâtiments ont été restauré intérieurement et on y voit aussi bien des boîtes de Zyklon B usagées que de gigantesques piles de chaussures, lunettes ou des ballots de cheveux humains. En effet, jusque là on ne faisait que parler de ce qui se passait ici, voir les conséquences de la chose fait monter la pression d’un cran. Elle va encore monter quand le carnage sera illustré par des photos (aussi bien des lieux que des victimes). La guide n’en fait pas des caisses mais son détachement apparent est lourd de sous entendus. La visite continue par un petit tour dans la prison du camp (photos interdites), entre les cellules d’un mètre carré pour 4 prisonniers et celles dont le ridicule conduit d’aération pouvait être bouché par la neige, on a que l’embarra du choix dans le sordide. En sortant de là on passe devant le mur qui servait aux exécutions avant le bouquet final: le passage par la chambre à gaz. Oui carrément. Et pour le même prix, vous avez les fours crématoires dans la pièce à côté.  Sachant que les nazis raisonnaient en terme de rendement, que ce four là était considéré comme pas assez efficace, ça donne une idée de ce qui nous attendait pour la suite.
Ha je crois que j’ai oublié de préciser que le niveau d’organisation de nazis pour l’éradication de masse atteignait des niveaux impensables de précision dans le sordide. Les camps devaient rapporter de l’argent, donc on rasait les gens pour revendre les cheveux afin d’en faire de la toile de jute. On les exécutait nus car on seulement ça faisait gagner du temps à l’incinération (pas besoin de les déshabiller) mais en plus les nazis pouvaient récupérer les tissus et cuir pour les réutiliser. Niveau « fils de puterie », on est pas mal.

Aurélie en voyant la ration quotidienne des prisonniers: « c’est le régime Dukan »! #HumourDeCirconstance

Après ça, la suite c’est quoi? C’est 5 minutes de bus jusqu’au camp voisin de Birkenau. Et là… ben là… c’est juste une autre dimension. Auschwitz c’est un « bébé camp » comparé à celui là. Pour tout dire, durant la descente de l’avion, je l’ai aperçu mais sur le coup je me suis dit « non ça ne peut pas être ça c’est bien trop grand ». Ben si, en fait c’était ça. Honnêtement, on peut avoir vu tous les reportage de l’univers et lu tous les bouquins sur le sujet, il faut y être pour se rendre compte de l’ampleur de la chose. Des barbelés et des baraques à perte de vue des 2 côtés, cette entrée « mythique » avec cette voie de chemin de fer passant sous le bâtiment et cet aiguillage vu et revu dans les livres d’Histoire et on réalise difficilement qu’il y a 70 ans, des gens sortaient des trains pour aller se faire gazer 300 mètres plus loin là où Piotr se fait un selfie avec Svetlana. Tellement classe de poser devant un wagon…
Avant de partir, les nazis ont pris soin de faire sauter les crématoriums et les chambres à gaz, mais on sait qu’ils pouvaient gazer 2.000 personnes en même temps par bâtiment et que comme les crématoriums n’arrivaient plus à suivre la cadence (il y en avait 5), ils faisaient carrément des bûchers en plein air. L’endroit étant un peu marécageux, lors des fortes sécheresses, il n’est pas rare de voir remonter des ossements dans les marres du coin. Enfin, histoire d’en finir une bonne fois pour toute, nous passerons dans le bâtiment servant de latrines puis dans un cantonnement laisser dans son jus. C’est… délirant.
Mais je pense que la meilleure anecdote du jour, nous l’avons eu en passant devant un réservoir d’eau en béton. Là, la guide nous explique que le camp était assuré et que le réservoir d’eau était une volonté de l’assureur en cas d’incendie.

Puisqu’on parle d’eau, savez-vous pourquoi l’eau de «Vichy» faisait Führer pendant la guerre?
Parce que c’est une eau low cost.

C’est bon? Vous l’avez?

Blague à part, c’est vraiment à voir. D’après la guide, nous avons eu de la chance car la météo a été clémente, de son propre aveux, la visite peut être très pénible aussi bien à cause du froid que de la chaleur. Ce que je crois volontiers mais elle n’a pas été aussi pénible que ça sur le plan mental. Que l’être humain soit capable d’être créatif quand il s’agit d’exterminer son voisin, je n’ai pas de doute là-dessus, mais que des mecs aient pu aller aussi loin dans l’abomination, ça j’avoue que ça m’a choqué (et il en faut pour me choquer). Mais je crois que le musée de la Paix à Hiroshima est tout aussi éprouvant par son côté sans concession, si ce n’est plus.

Qu’est-ce qu’on a fait des rideaux?

Ensuite, retour sur nos pas et direction Cracovie pour découvrir la vieille ville et notre auberge de jeunesse. Après nous être perdu malgré le GPS, nous garons la voiture dans un parking surveillé (une précaution utile par ici paraît-il) puis direction l’auberge. Cette dernière est idéalement placée car donnant sur la grand place de la vieille ville, ça grouille de touristes (autant sinon plus qu’à Prague). Et c’est bien le seul truc qu’elle a pour elle. Le reste est pour le moins spartiate, voir hors d’âge pour certains trucs.
Truc cool: la vue donne sur la grand place.
Truc moins cool: la vue donne sur la grand place.
Ouvrir la fenêtre alors qu’il fait chaud dans la chambre c’est prendre le risque de ne plus s’entendre réfléchir à cause du bruit mais surtout: il n’y a pas de rideaux! C’est donc son et lumière dans la chambre. Et le mec de la réception qui répond à Aurélie que les rideaux ne sont pas dans le descriptif de la chambre. Du coup, j’ai improvisé un rideau en coinçant une couette dans les coins de la fenêtre. La strat’ de gitan.

Comme d’habitude, il nous faudra 2 essais pour trouver un resto. Nous terminerons la soirée dans un bar à vins qui fait restaurant. 26€ pour 2 plats, 3 boisson et 1 dessert. Pas mal la Polonie niveau tarif! A 2€50 la pinte je veux bien revenir.
Mainenant go dodo parce que je suis debout depuis 4h ce matin et que demain il faut encore tombe du lit pour aller sous terre.