Roumanie – Jour 2

Aujourd’hui nous conduisons en ville, nous conduisons à la campagne, nous conduisons en montagne MAIS nous ne conduisons pas des moutons.

Est-ce que je vous ai parlé de l’ascenseur de l’hôtel? Non? Quelle erreur…
Il est petit, plaqué or et surtout, SURTOUT il y est diffusé une musique tout à fait exquise à base de reprises de grands standards de la musique mondiale d’un kitsch tout à fait délicieux. Ce petit « Careless Whisper » au saxophone fut un vrai régal. Non vraiment.

Cacophonie

J’aime autant vous dire qu’il a fallu me dynamiter les paupières ce matin tellement j’ai eu du mal à me lever. Mais passons. Direction le petit déj’. Les oeufs brouillés et les toasts ont fait leur office en ce qui me concerne. Aurélie a opté pour des graines… je ne la comprends pas mais visiblement ça lui convient. Tout ça sur un air de Frank Sinatra.
Une fois cette formalité effectuée, nous plions bagage. Et là, LA il a fallu se lancer dans la circulation dantesque de Bucarest le matin de bonne heure, non sans avoir programmé le GPS donné avec la voiture mais aussi Google Maps parce que 2 précautions valent mieux qu’une. Pour ce qui est du trafic, étonnamment tout c’est plutôt bien passé. Nous ne nous sommes pas perdus – d’un autre côté une fois tourné à droite en partant de l’hôtel c’était tout droit sur 130 km. En revanche, quand Geneviève du GPS et Jacqueline de Google Maps te gueulent leurs infos quasi en même temps, non seulement tu ne comprends rien mais en plus tu finis par avoir un doute sur ce que tu as compris. Donc pour ne pas faire de jalouse, Geneviève a fait la première moitié du trajet et Jacqueline la seconde. Pour être honnête, je préfère la voix de Jacqueline mais ne le dites pas à Geneviève.

Arnaque moldave (ou pas)

Donc aujourd’hui nous quittons Bucarest comme l’avez compris et mettons cap au nord ouest en direction de la Transylvanie. Nous traverserons la Valachie puis la partie sud des Carpates pour finir comme je l’ai dit plus haut, en Transylvanie.
Les 130 premiers kilomètres sont easy puisque c’est de l’autoroute. 2 voies, des mecs qui roulent comme des gogols alors que c’est limité à 130. Tout va bien. D’un coup l’autoroute s’arrête et là, la Roumanie, la vraie devient très très concrète. Vous savez, tout ces clichés sur  les gens en charrette au milieu des routes, les villages qui n’existent qu’autour de la seule route goudronnée du bled, les maisons commencées et jamais terminées qui tombent en ruine, les chiens errants, les kékés qui mettent tout leur pognon dans une voiture allemande qui doit leur coûter les yeux de la tête en entretien: hé ben c’est vrai. Quand on arrive là-dedans après s’être fait déposer sur l’autoroute par une Audi à 150.000€, on se dit qu’il y a comme un bug. J’avoue avoir piqué un fou rire en voyant la première charrette tellement c’est surréaliste en 2017 mais quelque part ça fait réfléchir. Et des trucs comme ça, il y en a eu sur toute la route jusqu’à Curtea De Arges, notre premier stop du jour.
En effet, il y a dans cette petite ville un monastère à visiter (le premier d’une longue série pendant le voyage paraît-il). Comme les villages, la ville s’étire le long de la route. On se pose la question en conduisant de savoir si les gens sont vraiment pauvres ou si ils vivent simplement. Et puis ils sortent un smartphone… du coup on s’interroge sur les priorités.
Pour notre monastère, nous nous garons sur le parking à côté. On nous signifie que le parking coûte de 2 Lei (quelques centimes d’euros). Soit. Idem pour l’entrée. Ok. Par contre à l’intérieur on t’explique que le droit de faire des photos dans les bâtiments te coûte 5 fois le droit d’entrée. Heu, non. Pour le principe. Nonobstant le paramètre financier – qui n’en est pas un vu les sommes, l’endroit est joli mais pas délirant. La petite église orthodoxe vaut le coup d’oeil. On ressent bien l’influence des turques dans l’architecture du lieu. Nous pousserons un peu plus loin dans les jardins en direction d’un chapelle.
Là, petit moment de gêne. Les gens prient, c’est bien plus calme que de l’autre côté où un guide beuglait en espagnol. Un prêtre béni des gens à genoux tandis que d’autres attendent leur tour derrière. Une femme allaite dans un coin. C’est… étrange. Nous ne nous attardons pas. Bon, voilà, c’était le monastère.
En sortant, je remarque qu’il y a de la place dans la rue et que c’est gratuit alors que je me suis emmerder à payer le parking. Mmmmm ça sent la baise. Une analyse rapide la situation montera qu’il vaut mieux éviter de chercher à se garer trop près des sites intéressants. D’autant qu’ici, tout le monde fait un peu comme il a envie donc pourquoi ne pas se fondre dans la masse, hein? Encore une fois, ce n’est pas une question d’argent mais de principe. Le prix du parking est dérisoire (pour nous) mais à 5 mètres près c’est gratuit donc quitte à me faire baiser, autant que je choisisse par qui et comment.
Pour l’instant, les premiers touristes en Roumanie se sont les roumains. Le tourisme de masse n’a semble-t-il pas encore bouffer toute l’authenticité du pays. Maintenant il faut être clair, même si on est loin des hordes touriste que nous avons chez nous, les locaux ont bien compris comment ça fonctionne et sont prêts. Tout est déjà en place, peut-être pas encore à l’échelle mais quand la Roumanie s’ouvrira pour de bon, ils en profiteront comme les autres et ils auront bien raison… mais pas en essayant de me la faire comme ça. Non mais alors.

Le morceau de bravoure

Nous reprenons la route mais pas pour longtemps. Après un demi tour qui a du rendre jaloux plus d’un conducteur du coin, nous stoppons dans un supermarché pour notre pique-nique du jour. Alors, quelle différence y’a-t-il entre un supermarché roumain et un supermarché français? En dehors du prix s’entend. Les quantités ma bonne dame. Ici tout est plus grand, plus gros (et moins cher). Nous prendrons donc de quoi nous restaurer et préparerons nos sandwichs maison sur le capot de la voiture tout en regardant ce qui se passe autour de nous. Et il s’en passe des choses sur un parking de supermarché roumain. Entre le vieux qui se gare au milieu de l’allée croyant que c’est une place et celui à côté de nous qui charge toute sa picole sur le siège avant, fait monter bobonne à l’arrière et roule par dessus le trottoir pour ne pas avoir à faire de marche arrière pour sortir de sa place. Je vous jure qu’il y a des trucs qui valent des points.
Passons.
Une fois le ventre plein, direction la Transfăgărașan, route Ô combien célèbre depuis que Top Gear (la version british) a désigné cette route comme étant la plus belle du monde. Rien que ça.
La Transfăgărașan est un délire de Ceaușescu (un de plus) qui, à la base, devait permettre à ses troupes de pouvoir contrer rapidement une invasion russe (quand l’Ukraine faisait partie de l’URSS). Donc dans les années 1970, notre dingo a décidé de faire percer en 5 ans une route de 90 kilomètres à la dynamite, culminant à 2042 mètres pour pouvoir contrer une invasion qui ne vint jamais. Reste aujourd’hui, une route absolument fabuleuse aussi bien par son tracé que par les paysage qu’elle propose. C’est aussi un plaisir à conduire, crevant certes mais quel pied. Les gars de Top Gear l’ont fait en Aston Martin, Lamborghini et Ferrari, nous se sera en Dacia! Hé ouais! Pas besoin de 500 chevaux quand on dépasse difficilement les 40km/h tellement ça tourne.
Le versant sud longe un lac artificiel dont on traverse le barrage avant de serpenter dans la forêt où des panneaux indiquent qu’il faut faire attention aux ours. Quand soudain au détour d’un virage! PAF! une horde de moutons au milieu de la route. Vu le niveau de nawak routier du pays, c’est simplement drôle. Ca devient encore plus drôle quand un dépanneur déboulera à contre sens en klaxonnant pour faire fuir les moutons avant de s’embrouiller avec le berger. Crise de rire dans la voiture. Après avoir encore tournicoter pendant un moment, la route s’élève, la végétation change et là, cette route déjà spéciale devient jouissive car on domine tout le pays et on se prend pour un pilote. Les nombreux motards doivent d’ailleurs se faire plaisir. Au milieu de nulle part on rencontre un nouveau troupeau de moutons. Normal. On grimpe, on grimpe et puis hop on traverse un tunnel. Le changement de versant nous fait débouler au milieu d’un marché de plein air, à 2042 mètres d’altitude. Bien entendu le parking est payant mais bibi ayant appris la leçon, il se gare sur le bas côté de la route comme les locaux.

Number of fuck given? NONE.

En gros le sommet c’est le piège à touristes mais c’est surtout depuis cet endroit que l’on aperçoit ENFIN le plus célèbre panorama de la route avec ce long serpent d’asphalte qui ondule sur les flans de la montagne. Vu d’en haut, ça a l’air mortel (dans tous les sens du terme). Hélas ce sera mortel d’ennui car nous tomberons derrière capitaine tortue qui rendra les 14km de descente d’un prodigieux ennui tellement il sera lent. Au mois nous profiterons du paysage complètement fou.

Du billard

Une fois en bas, la fin de la route fut une formalité. D’ailleurs en parlant de route, je me dois de signaler que les routes locales sont de vraies billards. Certes celui de la Transfăgărașan souffre car il passe 7 mois de l’année sous 7 à 9 mètres de neige mais côté Transylvanie, les nationales sont sublimes et l’autoroute (gratuite) filerait des attaques d’apoplexie aux gens de Vinci chez nous. C’est un peu moins glorieux côté Bucarest mais c’est bien mieux que ce à quoi je m’attendais. M’enfin, dieu sait ce que la suite nous réserve.
Ce soir dodo à Orlat dans une pension (un Bed N’ Breakfest). Notre hôte parle français ce qui aide beaucoup. Sa maison est très chouette et tous les repas sont fait avec ce qui vient du jardin ou des échanges avec les voisins. Produits frais garantis! Même le tuică est fait maison! Ce soir au menu:  soupe, choux farci, lard fumé, polenta, pommes de terre cuite dans le gras du lard, le tout arrosé de tuică et d’un petit vin blanc moldave dont vous me direz des nouvelles.
Bon sur ce il est temps que je cuve mes 5 verres de tuică. Je suis accroc à ce truc ça devient inquiétant. Et non je n’ai pas conduit. D’ailleurs pour mémoire ici l’alcool au volant c’est zéro.

Note: pour d’évidentes raison de sécurité, certaines photos ont été prises depuis la voiture.
PS: big up à la 4G plus rapide ici que dans mes toilettes.