Roumanie – Jour 3

Des vieilles pierres, des vieux, des vieilles maisons, des vieux morts, des « vieux » coups de canon, une vieille Dacia pourrie et un peu de racisme qui lui ne prend pas une ride.
Le mot du jour vous l’aurez compris c’est: VIEUX.

Comme nous sommes chez l’habitant et qu’il y a plusieurs autres visiteurs dans la maison, lors du petit déjeuner il faut passer l’épreuve de la sociabilisation (en plus de l’épreuve du petit déj’ local). Les 4 vieux français font leur vie à l’autre bout de la pièce et nos voisins belges discutent gentiment avec nous. Quant au petit déjeuner, la fêta à 8h30 ou même à tout autre heure de la journée: c’est non. L’omelette maison faite les oeufs frais des poules du jardin sera accueillie avec bien plus d’entrain. Quant au café, je lui mets 6/10.

Vieux et vieilles pierres

Aujourd’hui nous restons dans la région.
Ce matin donc direction Sibiu pour voir la vieille ville. Nous arrivons relativement de bonne heure et en suivant les indications données par notre hôte, nous nous garons vite fait bien fait. En effet, quand nous reviendrons prendre la voiture, le parking sera archi complet et je n’aurai pas fini de sortir la voiture de la place qu’une autre est déjà dans les starting blocks. C’en est à un point où les mecs s’embrouillent sur le parking et se balancent des noms d’oiseaux en faisant mine de descendre de voiture.
Quant à la vieille ville, elle est jolie. D’autant que le ciel couvert laissera place par intermittence à un beau soleil. Le centre piétonnier est super mignon. Il y a plein de terrasses de café, l’endroit semble assez touristique mais comme je le disais, ça reste mesuré. Dans tous les cas, les touristes qui ne sont pas roumains sont assez vite repérés. Mais passons. Nous entrerons dans une église sur la grand place. Rien de très original dans cette dernière, hormis des touristes (vieux) un poil casse burne.
Nous continuons notre tour au hasard des petites rues et tombons sur une autre église, bien plus grande et dont l’entrée est payante. Encore une fois, payer pour entre dans un lieu de culte me file des poussées d’urticaire mais j’aime à croire que les 2€37 de nos tickets serviront à la rénovation du lieu. Là nous retrouvons notre groupe de vieux casse burnes. J’avoue des pulsions de cassage de rotule ou de passage à tabac à coup de canne. L’église en revanche est bien plus jolie, avec des bas reliefs originaux et une galerie de sculptures qui vaut le coup d’oeil. Saletés de vieux. Nous nous interrogeons sur le fait que beaucoup de textes de l’église soient en allemand. Ce soir nous apprendrons que se sont les allemands qui ont construit la ville de Sibiu. Les saxons ayant occupés la région pendant près de 8 siècles. En ressortant nous continuerons notre petit tour avant de nous poser sur un banc (à côté d’un vieux) pour manger une spécialité locale dont j’ai oublié le nom. En gros c’est un beignet en forme de demi cercle qui existe en version sucré ou salé. Le notre était salé – jambon/fromage. Dois-je préciser qu’une vieille m’est passée devant quand je faisais la queue? Bref c’est pas mauvais mais gras. Genre gras quoi. Après cela retour à la voiture. 2€37 les presque 4h de parking en plein centre ville, c’est correct.

Vielles maisons et coups de canon

Nous prenons la direction de l’écomusée Astra situé à la sortie de la ville à un petit quart d’heure de voiture. Jacqueline GPS se fera son boulot mais manquera quelques optimisations de parcours. Les locaux connaissant vraisemblablement des raccourcis qui permettent d’éviter d’être bloquer derrière une auto école.
Ayant retenu la leçon, je me gare en face du musée et non pas sur son parking pour éviter d’avoir à payer ce dernier. Il est gratuit. Nous prenons nos billets (autour de 8€ l’entrée pour 2) et commençons par l’exposition au sous-sol. Là nous tombons nez à nez avec une mamie (alerte aux vieux!) toute gentille qui nous expliquera qu’elle est seule pour surveiller les 2 salles et qu’elle doit faire le va et vient entre les 2 pour surveiller. Tout ça dans un savant mélange de roumain, d’anglais et de français (vous serez ravis de savoir qu’elle est venue faire du ski près d’Albertville il y a 3 ans). Néanmoins, elle aura l’avantage de tenter de nous expliquer ce que nous voyons et de donner des détails sur les objets qui ne figurent pas sur les panneaux d’informations. Ha ben en fait il n’y a pas de panneaux d’informations. Nous sortons finalement du bâtiment pour attaquer le gros de la visite qui se fait en plein air puisque je le rappelle c’est un écomusée – en l’occurrence le plus grand d’Europe.
Heureusement le temps se lève un peu.
Sont donc rassemblées dans cet immense parc des maisons de toute la Roumanie et de toutes les époques montrant l’évolution des techniques et des métiers du quotidien. Maintenant que je vous ai dit ça, sachez que vous avez un gros avantage sur nous car ça nous ne l’avons appris que ce soir en rentrant quand nos voisins belges nous l’ont dit. Car si il y a bien un reproche que l’on peut faire à ce musée: c’est le manque d’explications de ce que l’on voit. Au bout d’un moment, les moulins et les maisons finissent par tous se ressembler. Forcément quand on a les sous-titres c’est mieux. Ceci étant dit, les maison présentées sont superbement reconstituées/restaurées/entretenues. On remarque aussi les différences d’architectures entre les régions. Ici ou là, des vieux (encore) entretiennent les maisons et font office de guide. Ils ne sont pas avare en explications et semblent ravis de faire vivre le truc… pour peu qu’on parle roumain. Ca donne un cachet authentique à la visite.
Visite qui se fait au bruit des rafales de fusils d’assaut et des coups de canon du champ de tir d’à côté. Croyez-le où non, le terrain d’à côté est un champ de manoeuvre de l’armée de terre roumaine et comme Sibiu est une ville qui compte une garnison complète plus une académie militaire (et une base de l’OTAN pas loin), ça pétarade fort.

Morts et Dacia

Lessivé par nos 3h30 de visite, nous prenons le chemin du retour mais décidons quand même de stopper là où les vieux sont le mieux: au cimetière. Comme les marchés, les cimetières en disant souvent beaucoup sur un pays. Nous ferons donc un tour dans l’immense cimetière de Sibiu, passant devant les vendeurs de couronnes de fleurs et les vieux qui attendent le bus. On peut rentrer dans le cimetière en voiture mais bien entendu c’est payant. Je l’ai donc joué comme les locaux: le long du trottoir. Bref ce cimetière est très grand et jouxte un autre cimetière, militaire celui-là. Cela n’empêche pas que l’on trouve des tombe de soldats russes datant de 39/45. Quant aux tombes, on oscille entre le tas de terre couvert de fleur à la pierre tombale en marbre ultra ostentatoire avec banc intégré pour les visiteurs à la jungle en passant par les stèles classiques. C’est décousu et joyeusement bordélique. A l’image de cette Dacia 1310 – en réalité une antédiluvienne Renault 12, abandonnée dans l’allée principale avec une roue crevée et des planches sur le toit.
La fatigue se faisant vraiment sentir, nous partons. Sur le chemin du retour Aurélie me fera remarquer que je commence à conduire comme les locaux, en prenant mes aises sur la route (en l’occurrence à cheval sur 2 files). Comment pouvais-je deviner que la route passait d’une à deux voies? J’ai compris à son regard qu’elle se foutait de moi. Celui qui ne se foutait pas du monde en revanche c’est le type en Audi qui remontait la route à contresens à plus 120 (quand la limite est à 70) jusqu’à ce que quelqu’un arrive en face.

Racisme pas ordinaire

Une fois de retour à Orlat, nous décidons non pas de nous poser mais de faire un petit tour dans les rues du bled. Bon j’aime autant vous dire que ça ne va pas loin et que les quelques locaux croisés vous regardent comme si vous débarquiez d’une autre planète. Sensation pour le moins étrange. Il faut dire qu’ici, nous sommes pales comparés à eux qui sont plutôt mates de peau. Après il faut avouer qu’un barbu à casquette un appareil photo sous le bras et une petite brune en sweat rouge ils ne doivent pas en croiser tous les jours. Finalement Aurélie rentrera se poser tandis que je continuerai ma balade en sortant par le fond du jardin de la pension. Là il y a une petite rivière qui aurait pu être charmante si elle n’était pas pleine de détritus en tout genre. C’est ça qui est dommage dans ce pays, tout ce qui est visible est ultra clean, tout ce qui est moins visible est d’un crade… Je continue mon petit tour toujours sous le regard des locaux qui se demandent ce que je fous là. Finalement je rentre.
Comme hier soir, après le repas, la conversation continue avec notre hôte. Comme il y a moins de monde, il s’attarde plus. Nous parlons de l’apprentissage des langues (il parle anglais, français allemand en + du roumain et comprend le flamand), des frontières et puis finalement il nous raconte comment il n’a pas émigré en Belgique à cause d’un certaine catégorie de population (suivez mon regard) en disant « je n’aime pas ce pays car il est trop plat et il y a trop de ces gens là ». Avant de conclure d’un définitif « de toute façon nous sommes tous racistes » en élargissant à l’échelle planétaire. CA C’EST FAIT. Quant aux tziganes/roms, dire que les roumains les détestent est un doux euphémisme. Je cite: « ces gens là personne ne les aime. Même eux entre eux se détestent ». Notre voisine belge tentant de nuancer la chose en disant que si tout le monde est bien éduqué et respectueux ça se passe gentiment. Une rapide mou de la tête en dira assez long et c’est sur ces mots que la soirée se terminera, chacun remontant dans sa chambre.

Moralité, faire le touriste ça va sinon chacun chez soit, OK?

Sur ce, bonne nuit. Je vais profiter de mon petit lit en bois avec sa couverture et son oreiller brodé.