Roumanie – Jour 4

En direct du milieu de nulle part (littéralement), voici le compte rendu du jour à base de vieilles pierres pas si vieilles que ça, de mine d’or sans or, de route infernale, des côtes à 15% et de grotte à l’accès douteux.

Comme hier, non en fait comme depuis le début de ce voyage, le réveil est un enfer. Ca m’apprendra à rester debout jusqu’à pas d’heure pour écrire un truc que personne ne lit.

Trompe l’oeil

Ce matin au petit déj’, point d’omelette comme hier mais du poisson. Pire du poisson séché en provenance direct du Danube. Ca et un fromage qui ne fera pas tâche dans l’arsenal d’armes bactériologique de n’importe quel dictateur. Aurélie tente la cascade, pragmatique je reste sur mon oeuf dur (made by les poules du jardin) et mes 2 tartines.
Nous prendrons ensuite congés et prendrons la direction d’Alba Iulia, petite ville à une grosse cinquantaine de minutes de voiture au nord de notre point de départ. Comme à peu près toutes les villes roumaines que nous avons vu jusqu’à présent, il n’y a qu’une petite portion de l’endroit qui vaut le détour, le reste est affreux. Piffant un peu dans les rues de la ville, nous tombons sur un parking (gratuit) aux portes de la forteresse locale. Forteresse de type Vauban – c’est écrit dessus. L’endroit a été superbement restauré et entretenu, pour le coup nous avons des leçons à prendre, c’est aéré et il y a peu voir pas de voitures du tout. Même le fossé d’enceinte a été aménagé en promenade et il sert aussi de lieu d’entraînement aux pompiers. Nous les avons vu cavaler comme des dingues avec des tuyaux et faire tout un tas d’exercices chronométrés.
A l’intérieur des murs on trouve une université, un régiment d’infanterie, un musée d’archéologie, une cathédrale, quelques restos et une église orthodoxe. La cathédrale fait la taille d’une église standard chez nous donc bon… elle n’a rien de fifou à signaler aussi bien dehors que dedans. Quant à l’église orthodoxe, c’est un peu l’attraction de l’endroit. Elle dénote dans le décor avec ses murs jaunes et son petit parc. A bien y regarder, les seules vieilles pierres sont celles qui sont exposés par les archéologues dans les coursives de son enceinte car pour le reste, c’est du béton auquel on a voulu donner l’aspect de la pierre. Idem pour les murs extérieurs de l’église, c’est du faux. En revanche l’intérieur est dans son jus. Et en plus on peut y prendre des photos. Peu de dire que c’est différent de nos églises. Idem dans les rites où les gens font le tour de toutes les icônes du lieu en se signant une bonne demi douzaine de fois. Truc rigolo, les catholiques font nord, sud, est, ouest, les orthodoxes font nord, sud, ouest, est. Bref, il est déjà midi et même si la distance à faire est courte, Jacqueline GPS semble dire que le trajet sera long.

Les routiers de l’extrême

Vous vous souvenez quand je vous ai dit que les routes ici étaient sublime? Bon je me suis peut-être un peu enflammé. Enfin si l’autoroute de ce matin était sublime, par contre la route de cet après-midi… attention. Il faut aussi dire que nous quittons le plat pays – qui n’est pas si plat que ça – pour rentrer plus avant dans les montagnes. Qui dit montagne dit route qui tournent et aussi potentiellement route pourrie. Ce fut souvent le cas.
Il est 13h30 quand nous atteignons Rosia Montana et sa mine d’or. 55 kilomètres en 1h30. HO YEAH. Bref nous nous arrêtons sur une petite place au milieu d’un hameau au pied d’une montagne qui semble avoir été décapitée. Plus paumé que ça ça va être dur – la fin de journée nous montrera que plus paumé c’est possible. Un agent de sécu tout à fait charmant nous indique que nous sommes au bon endroit mais que la prochaine et dernière visite est à 14h. Nous nous posons donc tranquillement au soleil. Aurélie sympathisera avec les gens qui attendent – dont une dame parlant français, pendant que je regarderai les poules du jardin voisin se voler dans les plumes.
14h, on nous fait signe de rentrer dans l’enceinte. Nous passons le portail qui a du voir 2 guerres mondiales, longeons des bâtiments qui tiennent debout on ne sait trop comment et puis nous voila face à un type en tenu de mineur. Le mec va débiter ses explications en roumain et puis Aurélie lui signalera que nous ne comprenons pas. Le gars nous fera alors la version anglaise, en n’oubliant pas de placer quelques petits vannes rigolotes. Le type est charmant et passionné, vu sa façon d’expliquer, je pense qu’il s’agit d’un ancien mineur. Il a de nombreuses fois insisté sur l’importance de cette mine, du fait qu’elle est unique en son genre et que c’est un héritage culturel qui doit être absolument préservé. Et là vous allez me demander ce que cette mine a de rare, hormis le fait de sortir de l’or? Ho bah 3 fois rien, elle n’a été exploité que pendant 18 siècles. En effet, nous nous sommes baladés dans des galeries taillées par les romains (celle en forme de trapèze sur les photos) datent de 131 après JC. Des traces d’exploitations plus anciennes ont été retrouvées mais pas datées avec certitude. L’exploitation de cette mine a cessée en 1940. A côté c’est ouverte une mine plus grande qui a fermé en 2006 mais là les moyens étaient tout autre puisqu’il manque carrément un bout de montagne. Le gars nous a expliqué qu’en 40 ans ils avaient sorti plus d’or de cette nouvelle mine que de celle que nous visitons en 1800 ans. A l’heure actuelle, il est estimé qu’il reste environ environ 350 tonnes d’or dans les montagnes mais ils ne seront probablement jamais exploité car les habitants du coin ont réussi à faire plier le gouvernement pour ne pas qu’il donne de concession aux grandes compagnies minières étrangères (canadienne notamment). Quant à la mine en elle même, elle est dans son jus, il fait froid, c’est humide, raide, bas de plafond, un peu bouillasseux: UNE MINE QUOI! Enfin! C’est ça que je voulais voir! Pas le Disneyland souterrain de Cracovie! Alors oui elle est toute petite mais être 50 mètres sous terre dans un truc aussi ancien c’est génial. Surtout avec un guide aussi bon. Sur le terrain à l’entrée, il y a quelques machines de toutes les époques permettant l’extraction du minerai. Là aussi tout est dans son jus. Nous terminerons enfin dans un maison qui chez nous aurait été rasé depuis des lustres mais qui ici fait office de petit musée/boutique souvenir/bureau du guide. Ca sent l’humidité, les couleurs sont passées depuis 5 siècles, tout est dans son jus, ça a un charme fou et sa complète la visite. Nous sommes ressortis de là ravi.

Les 15%, la grotte et les coordonnées GPS

Enfin, nous nous mettons en route pour notre destination finale du jour: Garda de Sus dans les montagnes d’Apuseni. C’est Aurélie qui aura le privilège de se cogner cette portion de trajet absolument immonde. Elle évitera même de justesse une vache décidant de traverser quand nous passons. Après les moutons, le renard, le tracteur, les charrettes, les chiens, les chèvres et la vache, il nous manque quoi au milieu de la route pour avoir la totale? Un ours? Ha ben ouais un ours…
Nous traversons moult petits bleds où les gens nous regardent toujours aussi bizarrement. Bref. Même si sur la carte, la route est l’équivalent d’une nationale chez nous, dans les faits c’est autre chose. Et quand tu penses que plus petit et plus étroit c’est compliqué, Jacqueline GPS te trouve plus petit et plus étroit. 15% de côte sur 7,5km (25 minutes pour les faire selon le GPS), tout juste de quoi croiser une voiture, des virages aveugles tous les 100 mètres: atroce. Finalement nous arrivons à destination pour voir cette fameuse grotte. Nous nous garons, évidemment on nous réclame du pognon. Etant donné le peu de choix pour se garer sur place, je ne fais pas le difficile. Nous partons ensuite en vadrouille dans le sous bois pour arriver devant un tourniquet avec un pépé peu aimable qui nous demande de payer pour aller voir la grotte (le parking + les entrées nous sont revenus à 5€87). Et là… sa mère la chauve. Nous retrouvons en haut d’un escalier en acier, étroit, glissant et raide qui descend dans une sorte de gouffre d’une quarantaine de mètres de profondeur. Longeant la paroi, le machin est tantôt fixé au mur, tantôt suspendu dans le vide par on ne sait quoi. Et finalement, à 15 mètres du fond, on passe sur un escalier en bois à l’inclinaison douteuse, aux lattes penchées et qui surplombent (tenez-vous bien) les 2 escaliers précédents qui se sont cassés la gueule. Déjà que celui là tient par la grâce divine alors si les précédents se sont écroulés… Tout ça pour arriver sur une sorte ponton courant dans la grotte. Grotte ultra humide car elle contient les vestiges d’un glacier! Il y fait donc très froid et en plus on n’y voit presque rien. Aurélie partira en éclaireur avec la lampe de mon téléphone allumée pour voir où elle va. Bien entendu le ponton est bringuebalant avec ici ou là des planches à 2 doigts de la rupture. On rigole, on rigole mais le machin est un défi à toutes les normes de sécurité et de bon sens tellement c’est dangereux. Chez nous un truc pareil est impensable. Bien entendu la remontée se fait par le même chemin donc quand il faut croiser quelqu’un ça devient vite funky. Les locaux n’en ayant rien à battre que vous soyez engagés ou pas dans l’escalier, on laisse passer et on monte pénard. L’occasion pour moi de voir que certaines des soudures qui tiennent l’escalier sont fatiguées. Vite sortons de là.

Une fois en haut, nous regardons où se trouve notre logement de ce soir car il est déjà 18h. Pour remettre les choses dans le contexte, ce coin du pays est tellement paumé qu’en lieu et place de l’adresse de la pension, on nous a donné les coordonnées GPS. Je rentre donc tout ça dans le machin et Ô SURPRISE, la pension est dans le virage à 500 mètres de nous. J’aurais encore pu économiser un parking. Blague à part, nous sommes au milieu de nulle part, les vaches se trimbalent entre les voitures mais l’endroit est relativement récent. Il est aussi plein de français (une bonne quinzaine) et pire: des vieux – dont certains déjà croisés il y a 2 jours à Orlat.
La chambre est un peu plus spacieuse et tout semble nickel, pour peu que ne se penche pas, qu’on décide d’ouvrir un placard ou de prendre une douche. Je m’explique. Nous avons une box TV dans la chambre – ce qui est très bien – mais il y a 2 mètres de câbles d’antenne qui traîne sous la table. Allez savoir pourquoi, j’ai ouvert un placard en arrivant. Ben j’ai mis 5 minutes à le refermer parce que la fixation était mal montée. La cabine de douche vaut le détour aussi. Elle est moderne, spacieuse, bien pensée mais il manque les joints sur les côtés des portes, du coup si on se débrouille bien on en fout partout en dehors. Ca plus l’eau chaude qui met 5 minutes montre en main à arriver. Et ça c’est un peu à l’image de tout le reste: le gros oeuvre est fait et tout fonctionne mais les finitions laissent à désirer. Comme sur l’autoroute ce matin. Il y avait des nids de poules que les mecs comblaient sans même chercher à les mettre à niveau avec le reste de la route. C’est dommage car ça nuit à la bonne impression générale que donne ce pays.
Bonne impression renforcée par nos hôte du jour, francophones eux aussi. Gentils, serviables et marrants. Encore une fois nous sommes très bien reçus et mangeons plus que de raisons. Il y avait des beignets maison ce soir au dessert. Orgiaque.

Sinon pour la première fois du voyage, j’ai allumé la télé 5 minutes pour voir. Les séries US sont diffusées en VO avec sous-titres, les politiciens se parlent mal ici aussi et les grands reporters locaux accompagnent les flics pour chercher des migrants clandestins. Les gars sont équipés de Range Rover avec caméra thermique sur le toit. Arrestation en direct de 30 irakiens à la frontière hongroise.

‘fin voila, tout ça est rigolo. On s’amuse bien avec tout ce que l’on voit tellement c’est parfois surréaliste mais ça fait le charme du truc. Là-dessus je vais me coucher, l’air de la montagne me fracasse encore un peu plus que je ne le suis déjà.