Roumanie – Jour 6

Ne jamais dire « jamais », ok? JAMAIS. Parce que là franchement JPP (aucun lien avec le joueur de foot).

Non vraiment Je n’en Peux Plus du hors piste et des chemins de caillasses.

Choux, hiboux, genoux, CAILLOUX

Une horde d’anglais fort sympathique à remplacer le gang de vieux français de la veille. Avec Aurélie nous les écoutons se chambrer gentiment après leur première nuit à la pension. L’un d’entre parle de mettre aux enchères sa chambre alors que d’autres ont du partager le même lit. On rigole, on rigole mais nous avons de la route à faire. Un au revoir à nos charmants hôtes ainsi qu’à leurs chiots, avec lesquels Aurélie aura pris plaisir à jouer et nous voici en route pour dieu sait où.
Le programme du jour fourni par l’agence nous invite à visiter la mine de sel de Turda. Renseignements pris, c’est à peu près autant Disneyland que la mine de sel polonaise, nous décidons donc de faire l’impasse là-dessus d’autant que la route du jour est longue. Jacqueline GPS nous indique donc le chemin le plus rapide jusqu’à Cluj-Napoca. Le plus rapide je ne sais pas, le plus chiant, sans aucun doute. Elle nous fait passer par une route d’alpage tout à fait sublime au milieu des montagnes des Carpates, nous obligeant à éviter vaches, charrettes, chevaux et chiens vadrouillant gaiement. D’un coup, elle nous dit de tourner à droite. 10 mètres plus loin, le goudron laisse place à un chemin de cailloux. Après l’épisode d’hier je dis « non » et continue tout droit pour constater 5 km plus loin que la route finie en cul de sac. Donc c’est soit 10km de caillasse soit pas loin de 50km de détour goudronné. A votre avis qu’avons-nous fait?
10km en environ 1h. Le chemin alternant grosses caillasses, ornières boueuses et parties relativement roulantes. A un moment nous avons entendu le fond de la voiture racler le sol. J’ai immédiatement stoppé pour vérifier que tout était d’aplomb, ce qui était le cas. Le truc ahurissant, c’est que sur ce chemin au milieu de nulle part, on croise un monde fou. Il y a des gens qui sont là et qui vous regardent passer comme si c’était normal. Le truc « rassurant » c’est de voir que des voitures « normales » sont arrivées jusque là. Mais le clou du truc est qu’à environ 2km du retour à l’asphalte, nous croisons un Volkswagen Touran venant dans le sens inverse et qui s’arrête à notre hauteur. Le type nous parle en roumain, nous répondons en anglais puis finalement il capte que nous sommes français et nous répond en français. Il nous demande si c’est bien la route pour aller à la grotte de glace (celle d’avant hier). Nous lui disons que oui mais qu’il est bon pour 8/9km de cailloux et de chemin horrible. Il rigole, nous dit merci, et continue son chemin avec toute sa petite famille (les 7 places de la bagnole étaient prises). M’est avis qu’ils ont du passé des moments enrichissant en route. Quant à nous, une fois le goudron en vue, nous avons stopper pour vérifier que la voiture n’avait rien. Histoire de me rassurer un peu. Je nous bénis d’avoir fait le plein hier, même si l’essence était un peu chère, aujourd’hui c’était la panne sèche assurée car nous n’avons pas croisé de pompe avant Cluj et notre escapade hors piste nous a fait un peu consommer. Ceci étant dit, cette Logan est d’une sobriété assez hallucinante étant donné les routes que nous prenons.

Carpathian Forest

Une fois de retour sur le goudron, le simple fait de rouler à 50km/h nous donne l’impression d’être en vitesse lumière. La route sinueuse au revêtement aléatoire traverse les forêts et monts des Carpates. C’est très sympa. Puis finalement nous changeons d’altitude pour entamer notre descente dans les vallées de la haute Transylvanie. C’est toujours très vallonnée et sinueux mais largement en dessous des 1.000 mètres d’altitude, notre pension de la veille était autour de 1200 mètres. Ca tourne beaucoup et nous finissons par rejoindre une grosse nationale que nous suivrons jusqu’à Cluj.
Comme la plupart des villes roumaines croisées jusqu’à présent, il faut passer les Décathlon, Leroy-Merlin, Carrefour et Cora, puis se taper des barres d’immeubles horribles avant d’avoir droit au centre historique un peu plus sympa mais pas toujours au top de sa mignonitude. Bref le centre historique c’est un rectangle de 600 mètres de long sur 300 de large avec quelques vieux édifices à l’architecture intéressante , quelques églises et voilà. La cathédrale Saint Michel est sympa, Aurélie rentrera dans une église franciscaine pendant que je téléphone en France donc difficile pour moi d’en parler. Nous déambulerons dans les rues jusqu’à trouver une place face au théâtre/opéra de la ville. Sur la place en face de ce dernier se trouve un petit marché traditionnel et une église orthodoxe dans laquelle nous rentrerons mais nous ferons très discret car il y a un mariage. Aujourd’hui devait être un bon jour pour se marier car nous avons croiser au moins 7 convois de mariage sur le chemin. Chose qui a retenue notre attention, la construction d’une nouvelle église orthodoxe dans le centre ville. Confirmation – si il en fallait une – que les roumains sont très croyants.  Truc drôle, nous constaterons avec un effroi tout relatif que les anciens bus de la RATP finissent leur carrière ici (cf photos). Nous prolongerons notre arrêt par une pause déjeuner à base de plat local: un bon P****N de hamburger avec un Coca rouge et des frites. Un bon repas de gros parce que le choux JPP non plus. La viande était excellente, les roumains se faisant toujours un devoir de proposer de la viande de qualité, même pour un burger.
Voila, c’était Cluj, ville dont je pourrais vous dire qu’à une époque elle a été capitale de la Transylvanie et qu’elle a un club de foot qui a joué la Champion’s League.

Maramures moi de saloperies dans l’oreille

Sur le coup de 14h30, nous reprendrons la route en direction de Breb, dans les Maramures, une région au nord de la Transylvanie. Jusqu’à la ville de Dej, la route est un billard dont je me suis délecté. Cela nous a aussi permis d’assister à des manoeuvres de dépassement totalement « yolo-esque » de la part des locaux. Car c’est bien connu, quand on est à contre sens, c’est celui d’en face qui s’écarte. Cela nous a aussi confirmé que les limitations de vitesse sont… disons toutes relatives. Normalement c’est 50 en ville, mais si je me mets à 50 je suis une chicane mobile. Donc je fais comme les autres, je roule à 110. Une fois traversée Dej, dont l’architecture est une abomination sans nom (barres de béton communiste et friches industrielles), nous quittons le billard pour une route aussi bucolique que son revêtement est horrible. A choisir entre ça et la caillasse, c’est tout vu. Nous traverserons de petits villages pittoresques, l’occasion de constater que même si ça ne roule pas sur l’or, c’est moins clodoland que les villages traversés en Valachie côté Bucarest. C’est aussi autrement plus joli. La route serpente sur les contrefort des montagnes et on n’y croise pas grand monde. Il y a quand même des panneaux qui préviennent de la présence de sangliers et de loups dans le secteur. Même si le goudron est ignoble, j’ai beaucoup aimé cette portion de route, bien plus que celle de ce matin dans les Carpates. On n’y croisait personne, c’était un peu une route privée. Vraiment chouette.
Au détour d’un village, nous récupérons un billard que nous suivrons jusqu’à Breb, notre étape du jour. Là aussi, ça grimpe et ça tourne zig zag à flanc de collines/montagnes mais l’asphalte est tellement sublime que c’est un véritable pousse au crime et qu’on se prend pour un pilote. Notre Dacia est bien mais là j’aurais donné cher pour avoir une Lambo ou mieux, une japonaise préparée pour le drift. Avec la route fermée ça aurait été…

The perfect spot

Nous voici donc à Breb, petit village des Maramures, avec pas moins de 5 pensions pour touristes. Après avoir fait le tour village, je pense que la notre est la meilleure. Pourquoi? parce que d’après ce que nous avons vu, c’est la seule à proposer de dormir dans une maison traditionnelle de la région. En effet, en arrivant le patron nous a donné le choix entre une chambre dans la maison principale, moderne touti quanti ou bien la maison traditionnelle au fond du jardin. Sans wifi mais avec l’électricité (quand même). Inutile de dire que nous avons opté pour ça. Aurélie a choisit une chambre au rez-de-chaussée. Plus feng chui selon elle. Toujours est-il que nous avons la maison pour nous seul, les autres pensionnaires sont dans la bâtisse moderne.
Comme évoqué plus haut, nous avons fait le tour village. C’est pas mal en construction. Les pensions se modernisent. Et ici, même si les gens vous dévisagent, ils sourient et vous saluent quand vous passez. Marrant. Une fois notre petit tour fini, nous nous poserons en terrasse pour siffler une bière. Grosse erreur car le dîner suit et il est gargantuesque. Il faut savoir qu’ici, la soupe est systématiquement servi été comme hiver et celle du jour fait un repas à elle seule. Patate, carotte et saucisse. Elle est excellente, la maîtresse de maison jugeant que nous ne nous sommes pas assez servi nous invitera à le faire. Je fais plaisir et me ressert, nouvelle erreur. Car le plat suivant est simple mais blastant: une énorme croquette de patate avec de la viande et du fromage dedans. Excellent mais destructeur. Et comme si ça ne suffisait pas, elle n’avait pas envie que nous tournions à l’eau donc vas-y que je te dise de te servir du vin – ok ça c’est fait, puis du tuica ou de la liqueur – ça c’est fait aussi. Sauf que le tuica local est du genre très très très très hardcore. Bien plus fort que celui qui nous a été proposé jusqu’à présent. En plaisantant, un des roumains dînant à côté de nous me dit que c’est « pour les filles » après que sa femme m’ait vu changé de couleur après la première gorgée. N’empêche que j’y suis retourné 2 fois. C’est fort mais qu’est-ce que c’est bon.

Bref cette pension, ce village, ce cadre général, je regrette déjà de ne passer qu’une nuit ici. Dommage de devoir partir demain car même si les autres pensions étaient chouettes, pour l’instant, celle-là emporte la palme haut la main.

PS: votre oeil avisé notera aussi nos techniques de gitans pour faire sécher les chaussettes lavées la veille.