Roumanie – Jour 8

Aujourd’hui, pas de grand trajet, pas de tournants, pas d’arrêts impromptus au milieu de nulle part… Non je déconne, le seul truc qui change en réalité est le moyen de locomotion.

Ce matin, nous tombons du lit. Il y a comme dirait un train à prendre et contrairement à la France ici les trains sont à l’heure. Enfin je me comprends.

Le Poudlard Express

Pour une fois, nous avons droit à autre chose qu’un petit déjeuner traditionnel (fromages, tomates, charcuterie, oeufs etc). Là il y a du sucré *ENFIN*
Nous sautons ensuite dans la voiture – couverte d’humidité du coup je ne vois rien et comme il n’y a PAS de liquide lave glace… BREF. Direction un dépôt de chemin de fer à 3 minutes de notre lieu de résidence. Il y a du monde mais comme nous avons déjà nos tickets, nous n’avons qu’à sauter dans un wagon. Lucide que nous sommes, venir hier prendre nos billets nous a fait économiser un temps précieux ce matin et éviter une file d’attente inutile. En gros vous l’aurez compris, le promenade en train est LE truc à faire ici pour s’occuper. En fait c’est même le seul truc à faire.
Il s’agit de la dernière ligne à vapeur en activité en Roumanie. Elle servait à la base aux bûcherons et aujourd’hui elle trimbale du pécore jusqu’au fin fond d’une vallée reculée puis les ramène par le même chemin. Ô surprise, dans notre wagon se trouve 2 vieux (français) croisés la veille dans notre précédente pension. Egaux à eux même ils feront chier… passons. Les 6 wagons sont pleins, ceux fermés sont réservés aux groupes, ceux ouverts sont pour les autres. Nous sommes dans l’avant dernier, ça ne change pas grand chose au final. Le départ est prévu pour 9h, à 8h58 le convoi s’ébranle dans un bruit infernal sous le regard désabusé de ceux encore dans la file d’attente. Une odeur de feu de bois parvient jusqu’à nous tandis qu’une épaisse fumée noir envahie le ciel. Ca promet.
Le machin tangue à l’infini, il faut dire que l’écartement des rails n’est que de 76cm, c’est presque 2 fois moins chez nous, donc le centre de gravité est assez haut et comme les rails ne sont pas non plus 100% parallèles… Bien entendu, on peut se lever pour aller et venir dans les wagons (je ne me priverais pas) mais c’est au risque de s’étaler sur les voisins. On peut aussi se pencher dehors, au risque de se prendre un arbre, un rocher ou bien de passer par-dessus bord. Quant aux plateformes aux extrémités des wagons, le bois est fatigué et la seule protection pour ne pas tomber est une symbolique barre métallique qui ne retiendra rien si on glisse. Bref le truc est une fois de plus un défi à toutes les normes de sécurité/bon sens.
Durant le trajet, on se déplace donc pour faire des photos, on fait coucou aux locaux qui soit répondent soit vous ignorent – ce que je peux comprendre car voir passer tous les jours des mongolos sur son pas de porte qui vous prennent en photo comme des bêtes de foire ça peut devenir gonflant. Quand on s’éloigne un peu de la ville, tout devient sujet d’émerveillement, une maison, un arbre, un sac poubelle, tout est bon pour une photo. Bien entendu dans les tournants on se bat pour avoir une photo de l’intégralité du train mais surtout de sa loco en train de cracher de la vapeur. La mamie française je te l’aurais bien foutu par dessus bord avec sa tablette à la con. Vas-y que je tente les bras comme si j’étais toute seule pour faire une photo dégueulasse avec ta planche à merde là.

Les moutons

Nous stopperons 2 fois avant notre destination. La première pour regraisser la machine – prétexte pour ouvrir le wagon servant des boissons chaude car mine de rien il fait frais au pied des montagnes, la seconde à cause d’un troupeau de moutons traversant la voie.
Au bout de 2 heures de trajet à serpenter le long d’une rivière au fond d’une vallée, nous atteignons un endroit nommé Paltin. C’est le terminus. Là tout est prévu pour les touristes: les barbucs, les tables de pique-nique, etc. Au lieu de suivre la masse qui file faire la queue pour acheter à manger ou squatter une table au soleil, nous décidons de longer la voie qui continue après « la gare ». Et ce fut une bonne idée car nous avons pu voir la loco manoeuvrer, ce qui a donné quelques bonnes opportunités de photos et aussi de voir la machine rouler de (très) près. J’avoue à ce moment là avoir eu une pensée pour la chanson Livin’ On The Edge d’Aerosmith où Joe Perry fait son solo au milieu d’une voie ferrée avec un train qui arrive lancé derrière lui et il s’écarte au dernier moment. BAD ASS. Nous verrons aussi passé un Ford Transit monté sur rail. Un bricolage local aussi peu stable qu’il est pratique. Ha et puis il y a eu l’automotrice diesel qui est réservée aux gens du coin. Vachement moins glamour que le train à vapeur. Vachement plus rapide aussi. Et enfin il y a eu le second train à vapeur, amenant une seconde fournée de touristes, ce dernier train étant conduit par notre ami Poutine. Aurélie l’a remarqué hier car il dînait à côté de nous et comme il a une vague ressemblance avec qui vous savez, le surnom était tout trouvé.
Nous finirons par nous poser à une table à l’écart des autres pour manger. Heureusement que nous avions notre pique-nique car le menu saucisses/choux proposé ici nous a vite fait fuir. Bon ceci dit notre sandwich n’était pas fou: pain sans sel fadasse, jambon local correct et fromage pas très bon. Nous avons fait avec les moyens du bord dans un petit supermarché un dimanche… Reste les valeurs sûres: le Coca et les petits beurres. Pendant que nous mangeons, les gens du train tentent de mettre l’ambiance en mettant de la musique traditionnelle et d’embarquer des gens pour danser. C’est dans ces moments là qu’on se félicite d’avoir choisit une table à l’écart.
12h30 – le train siffle 3 fois et bat le rappel des troupes. Nos 2 français se font remarquer en voulant arnaquer des meilleures places dans le wagon, le type qui les occupait à l’allé leur signifiera d’aller voir ailleurs comment c’est. Autant pour certaines choses  c’est le bordel, autant pour ça ils sont disciplinés. J’avais aussi hésité à tenter le coup de changer de place mais dans le doute Aurélie m’a dit que nous ferions aussi bien de reprendre celles qui nous avions à l’allé. Bien vu. Et nous voila reparti pour 2 heures dans l’autre sens. Rien à signaler si ce n’est qu’il fait un poil plus chaud que ce matin et que c’est bien plus agréable. Petit 29° ici depuis 3 jours mais les nuits sont fraîches.

Bon, soyons honnête, le coup du train à vapeur est rigolo mais c’est tout. Certes il nous amène dans une vallée reculée et le paysage est sympa mais ce n’est pas fou non plus. D’autant que sur une grande partie du trajet, le paysage est massacré par l’exploitation forestière, il y a donc des éboulis, des tranchées, des tracteurs et des déchets. ‘fin bon comme il n’y a rien d’autre à faire ici, au moins nous avons pris l’air.
A 15h nous étions rentré et comme je le disais, notre journée étant pliée: nous avons siesté (enfin surtout moi pour une fois).

Voila, demain retour à la normale avec des routes infernales, des monastères, peut-être du chemin de terre, du choux, des saucisses et sans doute plus de wifi. Tout ce qu’on aime.