Japon – Jour 8

Sur le papier, aujourd’hui et demain matin étaient les moments les plus critiques du voyage. Pourquoi? La réponse après la pub.

7h40 au dixième étage de la tour des Avengers, le réveil sonne. Jusque là tout est normal. Direction le 14ème étage pour le petit déj avec vue sur la pluie qui mouille Matsumoto. Un des paysages parmi les plus sexys du séjour.

Tchou tchou

J’expédie les formalités avec l’hôtel tandis qu’Aurélie va voir Spirou pour le takyubin. Je dis Spirou car les japonais adorent les uniformes et le concierge de l’hôtel est habillé en groom (oui c’est ridicule). Le temps de mesurer les valises, de faire la paperasse et on nous annonce qu’il y en aura pour 24€. Je ne trouve pas ça déconnant pour une livraison à J+1.
Ensuite direction la gare pour prendre le train de la lenteur. 2h pour faire 80km. On le savait mais quand on est dedans, je vous jure que ça finit par faire long. Néanmoins, nous passons dans de petites vallées super mignonnes et stoppons à chaque gare, non pas pour profiter du paysage mais parfois pour laisser passer un train express. Arriver à un certain endroit de la ligne, seules les portes derrières le conducteur s’ouvrent et c’est lui qui fait office de contrôleur, encaisse les tickets et vérifie les Rail Pass car il n’y a aucun employé dans les stations. C’est vous dire si on est loin dans le Japon.

12h31 – Nagiso, ENFIN! Une fois descendu du train, je trace comme si je savais où j’allais. Et c’est un peu le cas, un grand merci à Gogol pour le repérage avant le départ de Paris. Direction la gare routière… enfin le parking de la gare quoi. Nous montons dans le bus en direction de Tsumago. 15 minutes de bus paf, nous y voila.
Nous voila surtout au milieu de nulle part dans la vallée du Kiso. Dans un village plein de vieilles maisons qui font l’attrait du lieu. On croise quelques touristes mais rien de délirant. Les maisons sont jolies, certaines sont ouvertes sur un intérieur traditionnel. D’autres abritent de petites boutiques aussi bien de souvenirs que de commerces pour les locaux. Tout au bout de la rue principale on trouve une cahute tenue par un pépé qui vend des marrons d’un fort beau gabarit. Pas donné en plus. Une fois qu’on a parcouru la rue, si on est un peu aventureux on peut monter au niveau du cimetière pour une vue un peu plus large sur la ville. Comme il fait moche, c’est sympa mais pas délirant.
Voyant le temps que nous a pris le tour des lieux et vu l’heure de la journée, nous changeons nos plans et décidons finalement d’aller à Magome. Un autre village avec de vieilles maisons mais sur l’autre versant de la montagne. Donc go reprendre le bus qui arrive dans… 20 minutes. Hé ouais. Ici les bus sont aussi rare qu’une piscine en plein désert. Il y en a 5 par jour, 5! Le trajet se fait tranquilou, la route est complètement folle avec des épingles à cheveux du genre très serrée, des passages avec une seule voie, du bonheur. Une fois en haut du col, la même chose mais en descente. Yipiiiiiii! 30 minutes plus tard, nous voici à Magome.

Là ce n’est plus le même délire. Les maisons ont ici été restaurées, le business du tourisme est en route, en témoigne le car de chinois casse burne que nous avons croisé. Je donne 12 mois, 18 maximum avant que l’endroit ne soit noir de monde en permanence.
Ici comme à Tsumago, tout tien sur une seule et unique rue. Par contre ici ça grimpe. Que dire? Ca reste des maisons de style japonais traditionnel, les photos vaudront mille mots.
Magome est aussi le départ du Nakasendo trail, un chemin de randonnée qui relie Magome à Tsumago. Il était au programme mais comme la météo est tout sauf folichonne, qu’il y a des ours sur le chemin et que nous sommes arrivés tard, nous n’avons pas tenté le diable. Bon ok il y a des ours dans le secteur mais la probabilité d’en croiser un est malgré tout faible. Par contre, faire le trail en arrivant aussi tard eu été stupide voir dangereux étant donné qu’il fait nuit tôt. Nous redescendrons donc gentiment à l’arrêt de bus afin d’attendre ce dernier. Attendre longtemps. Genre 1h30. Je vous l’ai dit, 5 bus par jour dans un sens comme dans l’autre. Il faut préciser que les horaires n’ont aucun sens. Certains bus ont un écart de 30 minutes et d’autres 2h40! La logique dans tout ça? Bref, le dernier pour Tsumago part de Magome à 17h15, faire le tour du bled prend 35 minutes, 50 si on traîne donc voila. Nous prendrons le dernier.

Et tu chantes… chantes… chantes…

Car oui, ce soir nous devons revenir vers Tsumago pour notre hébergement. Mais ce n’est pas à Tsumago même, c’est paumé au milieu de la pampa. L’endroit a tout de même droit à son propre arrêt. 17h15, le bus arrive – ouf. Nous seront 3 à bord puis au final seulement Aurélie et moi. Un bus privatif pour les 2/3 du trajet.

Comme je l’ai dit, j’avais fait du repérage sur Gogol avant le départ. Bon ben même en ayant fait du repérage, quand on est sur place ça fait tout drôle. On a vraiment l’impression que la maison devant laquelle on se trouve est une ruine alors que pas du tout. Elle est juste « en l’état ». Je passe la tête devant la fenêtre, une mémé me fait signe de rentrer. Nous pénétrons dans une pièce avec un feu au milieu et des tables disposées sur des tatamis. Ce soir sera à l’ancienne ou ça ne sera pas. Le monsieur nous accueil dans un mélange de japonais et d’anglais assez efficace pour se faire comprendre. Une fois déchaussé, il nous dirige vers une petite pièce qui sera notre chambre. Une porte coulissante nous sépare de la salle avec le feu qui est la salle à manger, au fond des panneaux coulissant typiques des maisons japonaises donnent sur un petit couloir qui amène aux commodités. Car ici tout est partagé, WC comme salle de bain – pas tout le monde en même temps non plus. Le couloir en question surplombe le jardin en contrebas au fond duquel coule un torrent. Comme on est séparé de la pièce à côté que par un panneau de bois, idem pour le jardin, l’insonorisation est nulle donc si nos voisins (des australiens et leurs enfants) font un karaoké, on en profite. Nous allons donc dormir avec le bruit du torrent. Hé ouais. Petit détail d’importance, la maison a 160 ans. Elle a été bâtie par l’arrière-arrière grand-père de l’actuel propriétaire. C’est depuis l’origine, une maison d’hôte. Et ça se sent. Z’allez comprendre.

18h30 – on frappe à la porte, c’est l’heure du dîner. Bien entendu, rien de moderne, tout est traditionnel et surtout fait maison. L’hôte tire une fierté de dire que tout où presque vient de son jardin (le riz, les marrons, les légumes). La brochette faite de boulettes de riz enrobées d’une sauce aux marrons MMMMMMMMMMMMMMM ce régal. Aurélie se penche vers moi durant le repas et me dit « ça, TOUS LES JOURS y’a pas de souci ». Tu m’étonnes.
Durant le repas, il sortira ses albums photos montrant les lieux sous la neige ou ses participations au matsuri local (fête du village). A la fin du dîner il fera le show en chantant des haïkus. Notre bonhomme sait comment amusé les très nombreux touristes de passage dans sa maison. Sa maison a 160 ans mais papy maîtrise TripAdvisor et se fait un plaisir de sortir son livre d’or dans lequel toute la planète semble avoir signé. Tout cynisme mis à part, c’est vraiment top. Je suis souvent prompt à taper sur l’agence et son manque de rigueur sur certains points mais au niveau choix des hébergements, pour l’instant c’est le sans faute – aussi bien dans le tradi que dans le moderne.

Avant de retourner dans notre suite avec vue, se pose la question du petit déjeuner puisque notre train est à 8h09 demain matin. Je demande donc à quelle heure passe le bus pour aller à la gare afin de pouvoir définir une heure de petit-déj.
« No bus ».
AH! Bon… ben nous voilà bien.
« My car… drive you to Nagiso ».
Sérieux? Merci monsieur! Même si j’imagine bien que nous ne sommes pas les premiers à avoir droit à ce service de dépannage.

Maintenant que vous avez lu ça, vous comprenez pourquoi je disais que c’était la partie la plus « critique » du voyage en terme logistique? Au final ça se goupille bien voir même très bien. Maintenant la surprise sera de savoir si nous aurons notre train et si les valises nous attendrons bien à destination demain.
CHUT! Non, ne dites rien.

Merci.