Taïwan – jour 2

Comme à chaque que je dis qu’on ne pourra pas faire plus « grand n’importe quoi », systématiquement il nous arrive un truc un pu plus improbable donc je vais cesser de le dire. Parce qu’aujourd’hui, ça a tourné au grand n’importe quoi – une fois de plus.

Mais avant de parler de cette petite heure et demie totalement surréaliste, il a fallu commencer cette journée par le début à savoir le petit déjeuner.

Petit dèj’ discutable

Le petit dej… si comme d’habitude Aurélie attaque les toasts et le porridge avec du thé, j’ai moi aussi joué la carte de la sécurité avec des oeufs brouillé, du poulet et le café le plus immonde que la terre ait connu. Sécurité qui n’en était pas puisque ce n’était pas bon. Mais le pire, LE PIRE c’était le jus du fruit. Du Tang, du putain de jus de fruit chimique absolument infecte. Erreur de débutant, j’aurais dû me méfier en voyant la couleur du truc. Passons.

Direction ensuite le métro, enfin l’équivalent de l’orlyval, un train automatique made in France à Taiwan. Oui messieurs dames, un train français construit par Matra qui est une des lignes principales du métro de Taipei. Incroyable! Et il n’est pas en panne! Folie. Après son code couleur est le marron, signe qu’ils doivent quand même se douter d’un truc. Mais ce n’est pas le sujet. Nous prenons la direction du terminus sud de la ligne marron, à savoir le zoo de Taipei.
Il est à peine 10h, il fait déjà 33°. 20 mètres dehors et la clim’ du métro nous manque déjà. Dur. Heureusement, notre moyen de transport suivant n’est pas loin et curieusement, il est lui aussi français. Il s’agit du télécabine de Maokong installé par la société Poma, un des leaders mondiaux dans le domaine. Oui c’est formidable mais nous, nous allons voir des plantations de thé. En effet il y a quelques années, pour sensibiliser les habitants de Taiwan à la fabrication de la boisson nationale, le gouvernement a installé au sud de Taipei un zone de mise en valeur et de promotion de la culture du thé. Comme ils ne sont pas bête, ils ont construit une ligne de télécabine pour rendre l’accès à l’endroit plus ludique mais aussi pratique parce que c’est un peu paumé au milieu de nulle part.

Une fois au bout des 4 kilomètres du télécabine, nous débarquons effectivement devant des maisons de thé. Quant aux champs de thé bah… il y en a mais plus pour dire qu’il y en a que pour faire de grosses récoltes. La promotion du thé est en réalité plus un piège à touristes qu’autre chose et les maisons de thé rivalisent entre elles, non pas en proposant les meilleurs thé mais la meilleure vue sur la ville de Taipei. Car il faut bien le dire, la vue est sympa car le couple métro/télécabine éloigne pas mal du béton et des voitures.

Predator et pourcentages

Cependant, les maisons de thé ce n’est pas notre truc. Nous avions repérés quelques chemins pour nous promener mais c’était sans compter sur les indications locales. Ha ça il y a des panneaux mais les informations données par ces derniers sont pour le moins fantaisiste.
Le premier chemin indiqué à 200m à droite mais comme il faut piffer pour savoir que c’est là nous l’avons loupé. L’improvisation étant une seconde nature chez nous, nous optons pour un autre tour qui nous ramène à notre point de départ. Soit disant 900 mètres de long pour 15 minutes de marche. 7 minutes plus nous avions fini. Pas découragé pour autant, nous décidons de nous attaquer au gros morceau du jour à savoir une rando un peu plus musclée avec pour but de revenir à une des gares intermédiaires du télécabine en passant au milieu des champs de thé – soit disant.
Encore une fois, les indications étaient pour le moins douteuses. Nous prenons donc le mauvais chemin. Chose que nous réalisons à une intersection en voyant d’autres panneaux. Plutôt que de revenir sur nos pas et de nous taper une grimpette musclée, nous optons pour un chemin rejoignant celui que nous devions prendre. Sauf que lui grimpe aussi. Je vous rappelle que Taiwan c’est tout sauf plat et qu’il fait 34°. En haut de la butte, nous dégoulinons mais ça ce n’était que l’échauffement.

Nous rejoignons finalement « le bon chemin » et reprenons la descente. Il y a quelques champs de thé mais le reste du temps nous sommes dans la jungle. C’est humide, chaud et il y a tout un tas de bruit d’animaux, des insectes aux oiseaux qui rend ça unique. Génial. A un moment, le chemin traverse une clairière et là j’ai un flash cinématographique. Je me suis cru dans Predator quand en 1987, Schwazenegger chassait de l’extraterrestre dans la jungle (excellent film que je vous conseille). Un truc de fou. La descente continue jusqu’à un pont de corde qui surplombe un petit torrent. De Predator on passe à Indiana Jones en terme d’ambiance. Comme c’est toujours bien indiqué, juste après le pont nous nous retrouvons dans un cul de sac. Retour au pont puis à l’intersection précédente qui heureusement était proche. Nous partons donc dans l’autre sens ce qui nous heureusement nous met sur le bon chemin. Nous continuons notre descente dans la jungle pour finalement arrivée au fond de la petit vallée, traversons un pont puis rejoignons une route. Là je sors le téléphone histoire de voir où nous nous trouvons exactement. Joie, le télécabine n’est qu’à 400 mètres!

Google Maps nous indique un petit chemin pour y aller rapidement. Sauf qu’il y a un tout petit détail qui nous a échappé. La gare n’est qu’à 400 mètres mais elle est surtout 100 mètres au-dessus! Et ça, nous ne l’avons réalisé qu’en arrivant au pied de cet escalier des enfers.
Résultat des courses, nous avons gravi 100 mètres de dénivelé sur environ 250 mètres par 34°. Je vous laisse faire le calcul du pourcentage de la pente.
Aurélie a grimpé ça sans aucune pause à un rythme posé et régulier. Perso à la moitié je n’en pouvais plus. J’ai du faire au moins 6 ou 7 pauses pour reprendre un semblant de souffle et me convaincre que je devais aller au bout du truc parce que sinon personne ne le ferait à ma place. Un bel exercice aussi bien physique que mental.

Gratte-ciel et retraités

Après cet effort aussi absurde qu’épuisant, je me suis offert un smoothie aux pommes en arrivant au télécabine. D’autant que nous n’avions plus d’eau.
Bref.

Retour en bas par le télécabine… AVEC UNE CABINE AU SOL TRANSPARENT (je vous rappelle que j’ai le vertige), puis retour au métro pour aller littéralement à l’autre bout de la ville, à la station de Yongchun. Pour faire quoi? Bah regrimper des marches pardi! L’idée était de faire une petite rando sur Elephant Moutain, une montagne qui doit son nom à son profile qui fait penser à un éléphant – comme son nom l’indique. Sauf que Yongchun n’était pas la station la plus proche de la dite rando. Il a donc fallu marcher jusqu’à son point de départ. Un mal pour un bien car nous sommes passés dans des quartiers assez sympas, très typiques avant d’arriver dans ce qui est nommé « le nouveau Taipei » où tout est beaucoup plus moderne et surtout plus friqué. C’est aussi là que se trouve la Taipei 101, immense tour de 509 mètres de haut, plus haut gratte-ciel du monde jusqu’à 2010, quand un mec du côté de Dubai a décidé qu’il voulait avoir la plus grosse.
L’idée est donc de faire cette petite rando afin de profiter de la vue sur la tour depuis la montagne. Pour ça il faut passer au milieu de tour d’habitations récentes et sans doute hors de prix – car avoir sa piscine privée en terrasse au 10 ème étage j’imagine que ça a un prix.

Et nous voila reparti pour des escaliers. Raides eux aussi, moins que les autres mais surtout avec des marches toutes fines donc encore plus fatigantes. Heureusement la distance à grimper était beaucoup plus courte. J’ai néanmoins dit à Aurélie que je ne dépasserai pas le premier belvédère tellement ça m’a coûté pour arriver jusque là. Ceci dit, la vue valait l’effort. N’empêche que la descente fut aussi difficile que la montée avec les mollets pas loin de la tétanie en ce qui me concerne. Et oui nous nous étions hydraté correctement, je le précise car je vois déjà la question venir.

Une fois revenu en bas, nous décidons d’aller le mémorial Sun Yat-Sen, autre personnage illustre de l’histoire de Taiwan. Après avoir scruté le plan de métro, il est évident que la solution la plus logique est d’y aller à pied malgré la distance.
Nous voici donc en route au milieu des dizaines d’enfants sortant des écoles – il est un peu plus de 16h à ce moment de la journée. Arrivé dans un petit parc, je vois un angle pour faire une n-ième photo de la Taipei 101. Je m’arrête, Aurélie part devant et je lui dis de prendre à droite car le chemin à l’air plus sympa. Je passe 5 bonnes minutes à chercher comment faire rentrer la tour dans le cadre de l’appareil avant d’abdiquer n’arrivant pas à faire ce que je veux. Je pars à droite moi aussi et là je vois Aurélie en pleine conversation avec un monsieur d’un certain âge à côté d’une sorte de tente sous laquelle s’affèrent tout un tas de gens, âgés pour la plupart.

C’est à ce moment précis qu’on bascule dans le grand n’importe quoi.

La bataille du raviolis

Steven, notre interlocuteur, nous explique que le 3 septembre est la journée des vétérans de l’armée à Taiwan. Pour fêter ça, des anciens militaires et leurs familles ainsi que diverses associations organisent un concours du meilleur ravioli entre les différents quartiers dont est originaire tout ce petit monde. Jusque là OK. Et notre interlocuteur qui nous dit « mais restez donc vous pourrez manger! Ca ne pose pas de souci et c’est gratuit! ». Nous lui expliquons que nous avons prévu d’aller voir le mémorial Sun Yat-Sen. Réponse « bah vous irez demain ». Aurélie me regarde et me dit qu’elle est bien tenté de rester parce qu’après tout: POURQUOI PAS. Soyons fou.
Très attentionné, Steven nous explique qu’il est dans une association d’échange entre anciens de diverses forces de sécurité partout dans le monde et qu’il a des amis en France. il s’empresse aussi de nous dire que si nous souhaitons revenir à Taiwan, il nous hébergera. Whow. A côté de ça ils nous explique aussi tout ce qui se passe autour de nous. Enfin il explique surtout à Aurélie parce que je vais faire le tour des stands pour faire quelques photos. Je pensais que ma présence dérangerait un peu mais il n’en est rien. Au mieux on me sourit ou on me fait signe de la main, au pire je ne suis qu’une personne de plus dans la foule.

Après mon tour, je reviens vers Aurélie et je la vois en grande conversation avec une dame elle aussi d’un certain âge à l’anglais impeccable. Elle est dans une association d’anciens combattants sourds et mal entendants. Ca discute, ça échange cartes de visite et emails et voila notre Steven qui débarque, m’attrape par le bras et m’amène devant un registre. Il faut que je le signe sinon pas de raviolis me dit-il en riant. Ok, je signe, on me remet un petit bout de tissu. il m’explique qu’il faudra le donner au stand qui selon moi aura fait les meilleurs raviolis. Aurélie arrive, se fait alpaguer elle aussi pour le registre puis nous discutons 2 minutes de ce grand moment de n’importe quoi.

Dire que ça n’était que le début.

Je repars faire un tour des stands et que je reviens, Aurélie fait des selfies avec tout le monde. Impossible de la laisser sans surveillance, il se passe forcément un truc dès que j’ai les talons tournés <= ceci est une phrase prémonitoire vous êtes prévenus.
Arrive enfin le moment de goûter ses fameux raviolis. Avec Aurélie nous nous regardons, pensant qu’il faudrait faire la queue et en prendre juste un pour goûter. Mais non! Donc si dans le métro, les taïwanais sont disciplinés, quand il s’agit de bouffe, retraités ou pas, mieux vaut ne pas être sur leur chemin. Il faut jouer des coudes et pousser plus fort que le/les voisins pour se voir gratifier de quelques raviolis. La première fournée arrive par les mains de Steven qui on ne sait trop par quel miracle débarque avec une portion pour chacun de nous. Nous goûtons et… bah c’est rudement bon. Les 3 premiers engloutis, nous scrutons les stands ayant encore un peu de stock. Hélas, la razzia a été faite, il faut attendre la fournée suivante.
Elle ne tarde pas. Encore une fois, Steven déboule avec une nouvelle portion pour nous on ne sait trop comment tellement il faut lutter pour en avoir un ou deux. D’autant que sur certains stands on négocie son ravioli en échange d’un vote pour le concours. Ainsi nous avons repéré une mamie qui régentait sont stand en mère maquerelle disant qui il fallait servir ou pas en fonction du vote. Je formule ça comme ça juste pour imager, l’ambiance était vraiment bon enfant. Je tente un pif en lui tendant mon bout de tissu et en lui faisant comprendre que j’aimerai en avoir 2. Ca allait marché jusqu’au moment où elle a vu que j’avais encore des raviolis de ma précédente fournée, du coup je n’en ai eu qu’un seul et un regard entendu. Je lui ai fait un grand sourire pour lui montrer que nous nous étions compris, sourire qu’elle m’a rendu.

Le temps d’engloutir ça, je décide de filmer un peu pour avoir un souvenir. Ce qui veut dire que je ne suis pas avec Aurélie et bien entendu il se passe un truc.
Je me promène en filmant avec mon téléphone et d’un coup Aurélie débarque et me dit « t’as vu ce qui m’est arrivé? » Bah heu… non. Là elle m’explique que Steven l’a embarqué devant tout le parterre de gens au premier rang, l’a présenté et lui a fait roulé des raviolis devant les photographes officiels de l’événement. Et moi à 5 mètres de là je me goinfrais… Et j’ai loupé ça… La seule preuve restante de ça étant la farine de riz sur ses mains.
Après avoir réussi à gratter encore quelques raviolis, nous décidons qu’il est temps de prendre congés. Non sans avoir remercier Steven un demi douzaine de fois et que ce dernier nous ait rappelé que si nous voulions revenir, il n’y aurait pas de souci.

Le bar le moins Rock du monde

Avec environ 2h de retard sur le planning initiale, nous filons vers le mémorial Sun Yat-Sen.
Nous passons non loin de la Taipei 101 puis coupons au hasard au milieu des tours de bureau et au centre de conférence. Nous traversons une immense avenue au bout de laquelle trône la mairie de Taipei avant de finalement arrivé dans le parc du mémorial.
Comme son compète Chang, il a lui aussi droit à un bâtiment gigantesque mais sans réel charme. Le parc autour est plus intéressant, il y a un petit plan d’eau avec tortues et poissons ainsi qu’une jolie vue sur la Taipei 101 – 500 mètres de haut le machin donc difficile de le manquer, d’autant que nous avons littéralement tourner autour toutes l’après-midi.
Après avoir passer 5 bonnes minutes à regarder virevolter les chauves souris dans le parc, Aurélie me dit « et si on allait au bar que tu as repéré ». C’est vrai qu’une bonne bière serait méritée vu les efforts du jour.
Il est à 20 minutes à pied. Bah au point où nous en sommes, allons-y à pied.

Après avoir remonter une avenue gigantesque qu’on pourrait assimiler au Champs-Elysées, nous arrivons un peu après 19h. Après être passé devant sans le voir, nous entrons. L’endroit est censé être ouvert depuis 18h mais les chaises sont sur les tables et nous demandons si c’est ouvert. « Yes » nous dit le petit gars qui passait le balais et vient nous servir. Nous optons pour une bière locale, pas mauvaise d’ailleurs.
Sur les murs, tout indique qu’il s’agit bien d’un bar Rock. Ce qui sort des enceintes par contre m’a donné l’impression d’être chez H&M ou Celio pour acheter un slim en stretch trop court de 10 centimètres.
Là-dessus nous décidons de notre programme du lendemain. On annonce de l’orage donc nous regardons dans quel ordre faire les choses. Comme il y a peu de lumières, nous nous éclairons avec la lumière de mon téléphone. Là, celui que je ne suppose être le patron et qui est arrivé entre temps déboule avec une lampe de bureau et nous l’installe pour que nous ayons de la lumière. Super gentil, il ira même jusqu’à me demander quelle chaîne de télé je veux voir. Bah à choisir j’aurai préféré que tu changes la musique mon petit père mais peu importe.
Nous demandons l’addition, 400$. Je ne m’attendais pas à temps mais à la réflexion, environ 11€ pour l’équivalent de 2 pintes ce n’est pas déconnant. Et il se peut aussi que se soit comme au Japon et que l’alcool soit cher dans les bars.

En sortant, je cherche le chemin de l’hotel et je découvre qu’il n’est qu’à 10 minutes à pied. Sachant qu’il est quasiment au milieu de la ville et que la station de métro à laquelle nous sommes descendus est une des plu à l’Est, ça veut dire que nous avons traversé la moitié de Taipei à pied. Vu notre matinée, je n’aurai pas parié en être capable.
Ho et pour vraiment finir en beauté. Sur le chemin du retour, je vois un bar avec des autocollants sur les tables dont un attire mon attention. Il y est écrit « Taiwan is not China ». Je souris en voyant le truc et j’entends qu’on m’appelle. Je me retourne et le barman me fait signe de venir puis me tend le fameux autocollant en me disant que ça me fera un souvenir.

Quelle journée.